« La situation à gauche n’est pas au niveau »

Interview pour le JDD, réalisé par Anne-Charlotte Dusseaulx.

Concrètement, quel est l’objectif du « pacte pour une nouvelle majorité de gauche » lancé mardi par le PCF?

Ce texte insiste d’abord sur l’immense danger FN dans notre pays. On prend cette question très au sérieux. Il ne faudrait pas que ce scrutin se termine par une catastrophe. Nous jugeons aussi que la situation à gauche n’est pas au niveau en termes de réponse. Et les derniers jours ne sont pas positifs. Des millions de gens nous interpellent et nous disent qu’il y a quelque chose à faire à gauche. Le spectacle donné à voir – qui est celui de se renvoyer la patate chaude – peut participer à créer beaucoup de déception et de désarroi. Le PCF dit que ce n’est pas plié, ce n’est pas foutu.

Vous en êtes sûr?

Le dire est déjà une réponse politique à la situation. Le PCF estime qu’il y a des ressources considérables dans notre pays – on l’a vu lors de la mobilisation contre la loi Travail – pour remettre à l’agenda et dans les radars la question d’une majorité de gauche. La non-candidature de Hollande et la victoire de Hamon sur Valls à la primaire ferment la page du quinquennat. Il faut en écrire une nouvelle.

 

Mais la question des personnes peut-elle être réglée?

Il faut dire les choses simplement, on bute sur une question : celle du présidentialisme. Le PCF n’a pas présenté de candidat. On a apporté notre soutien à Jean-Luc Mélenchon, on ne s’en désengage pas. Mais nous disons à tout le monde, y compris à Jean-Luc Mélenchon, qu’il faut intensifier le débat à gauche. Cela créera quelque chose de positif dans le pays concernant la gauche, loin de ce que l’on a vu ces derniers jours. Et ce débat peut créer de nouvelles conditions plus favorables pour aborder les élections présidentielle et législatives. Il faut absolument dépasser les questions de personnes! La bataille des nombrils ne règle pas la question de l’avenir de notre pays. La France après un second tour Marine le Pen – François Fillon ne sera pas belle à voir. Je n’aimerais pas qu’il y ait des larmes dans le pays, alors qu’on aura eu des mois avant la vérité de cette situation. Collectivement, nous aurons été incapables de la régler. On a perdu beaucoup de temps. Le PCF met des propositions sur la table. Est-ce qu’on va y arriver? Nous n’en sommes pas assurés.

Outre cet appel, que va faire le PCF?

Nous avons rencontré Ensemble, une composante du Front de gauche, hier (mardi) ; je sors d’une réunion avec l’équipe de Benoît Hamon. On a discuté de choses sérieuses concernant les propositions et les débats entre nous. On va rencontrer la France insoumise demain (jeudi). Et il y aura une rencontre entre Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent vendredi. Nous sommes aussi en contact avec EELV. Nous discutons avec tout le monde car nous voulons que les choses avancent dans la bonne direction. On y croit vraiment.

Depuis plus d’un an, Pierre Laurent plaide pour ce rassemblement. Sans succès…

En effet, Pierre Laurent et la direction du PCF avaient coché toutes les cases il y a un an : Hollande ne peut pas être candidat ; d’abord le débat ensuite le candidat ; l’orientation gouvernementale actuelle peut être battue… Ce n’est pas parce qu’on avait eu raison de le dire il y a un an qu’on a tort de le rappeler aujourd’hui. On rentre dans la dernière ligne droite. C’est le moment de la vérité. Celui qui sera le plus performant dans l’idée du rassemblement gagnera des points et de l’audience dans le pays parce qu’il sera crédité de quelque chose de positif. Il faut être exemplaire sur la question du rassemblement.

 

Le PCF poursuit donc son soutien à Mélenchon, mais appelle au rassemblement et soutiendra ce qu’il en sortira, si quelque chose sort de tout cela?

Non, notre candidat c’est Jean-Luc Mélenchon. Mais on demande à tout le monde de réfléchir à la situation politique, à l’immense danger FN et de travailler dans la bonne direction, celle des convergences. Il y a une autre question : la gauche toute confondue ne pèse pas lourd dans le pays. Ça fait un tiers. Dans un premier temps, l’intensification du débat à gauche pourra bénéficier à tout le monde. Il y aura ensuite une prime à celui qui paraîtra le plus performant dans le rassemblement.

Ce rassemblent devra-t-il se faire derrière Jean-Luc Mélenchon?

Tout le monde doit jouer le jeu. Y compris Benoît Hamon qui, je pense, ne prend pas une sage décision en ne répondant pas à la lettre de Jean-Luc Mélenchon qui traite de sujets sérieux. Nous souhaitons que dans les prochaines semaines cette dynamique-là puisse permettre à l’un des candidats de marquer des points. Auquel? Je ne peux pas le dire aujourd’hui : ils sont à touche-touche dans les sondages. Je souhaite que ce que propose le PCF puisse tirer tout le monde vers le positif. Nous verrons après comment la situation politique évolue.

Le PCF n’est-il pas un peu écartelé entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon?

Bien sûr qu’il y a un débat au sein du PCF. Mais nous n’en sommes plus là. On est à deux mois d’une élection qui peut se conclure par un second tour Le Pen-Fillon. Est-ce qu’on regarde cette réalité ou est-ce qu’on détourne les yeux? Si on assume cette situation, il faut tout faire pour conjurer ce risque. Le PCF n’est pas écartelé, il met sur la table une proposition qu’on souhaite conquérante, utile pour tous.

Est-ce que ce n’est finalement pas plus un appel pour les législatives que pour la présidentielle?

Non. Ce qu’on propose peut être utile pour les deux élections. S’il y a un second tour FN-droite, vous pensez que les législatives seront faciles derrière? On va faire par étape. C’est écrit, notre proposition concerne la présidentielle et les législatives.

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