Premières réflexions et propositions après la belle Fête de l’Huma.

Après un été pourri, marqué par les attentats de Nice et de Saint-Etienne-du-Rouvray, les surenchères sécuritaires et identitaires, dans un air de plus en plus vicié, de très nombreux représentants d’organisations progressistes, de responsables associatifs, des syndicalistes, les militantes et militants de la gauche de transformation avaient inscrit à leur agenda les 9, 10 et 11 septembre au Bourget comme le moment où l’on pourrait se retrouver, se parler, échanger et avancer.
Après les grandes mobilisations sociales contre la loi El Khomri, tout a été fait, avec une alliance objective entre le gouvernement et la droite, pour évacuer les questions sociales du débat public et pour faire en sorte que les prochaines élections en 2017 soient le plus possible déconnectées des questions relatives à l’emploi, au pouvoir d’achat, à la précarité au travail et dans la vie toute entière, à une autre utilisation de l’argent et des richesses produites, à la sécurisation des parcours, à l’urgence sociale pour le plus grand nombre, et notamment pour les jeunes. Cette opération pour cadenasser le débat politique de 2017 et refermer définitivement les portes du mouvement social du printemps vient de connaître une nouvelle illustration avec le discours de François Hollande à la salle Wagran et à la surexposition médiatique de Nicolas Sarkozy.
Tiens, comme par hasard, alors que les médias étaient présents ce week-end à la Fête de l’Huma, vous ne trouverez pas trace dans les images tournées et les papiers écrits de la tribune unitaire avec l’ensemble des premiers dirigeants des organisations de salariés et de la jeunesse pour le beau rendez-vous du Forum social pour l’abrogation de la loi « Travail ».

La première réussite des trois jours de notre Fête est d’avoir fait la démonstration qu’un grand rassemblement populaire pouvait exprimer très clairement et avec force que des ressources considérables existent dans notre pays pour ne pas se résigner et pour agir ensemble.

Cela s’est fait avec l’état d’urgence et avec un attentat déjoué, celui de la voiture piégée avec des bouteilles de gaz dans le centre de Paris. Il faut bien prendre la mesure de ce qui a été réalisé, avec une très grande maîtrise, par la direction de la Fête, par les services et les agents de l’État, par nos équipes, pour assurer l’accueil et la sécurité des participants à la Fête. C’est très certainement le résultat d’un discours très ferme – et il le fallait – sur ces enjeux dans les semaines avant l’ouverture, avec un travail de sensibilisation qui a porté ses fruits. C’est aussi un message envoyé par les communistes, par le PCF : il y a besoin de coopérations, de présence humaine, de surveillance et de bienveillance, de grande rigueur sans que cela n’altère en rien la fraternité et la manière dont nous voulons vivre, et faire la fête ensemble.

Quand je parlais de ressources considérables pour ne pas se résigner et pour agir ensemble, c’est ce qui s’est dégagé de ces trois journées : dans les débats – l’Huma du jour en rend compte -, dans les discussions, lors des temps forts de la Fête. Les moments les plus remarquables, qui ont suscité le plus de ferveur et d’espérance, sont ceux qui ont proposé des images de rassemblement, d’unité, cela a été le cas au Forum social avec les représentants des organisations de l’intersyndicale pour l’abrogation de la loi El Khomri. Dans les interventions du secrétaire national du PCF, vendredi sur le stand des Bouches-du-Rhône, samedi au stand national des communistes puis à l’Agora, c’est l’appel aux convergences, au commun, à mesurer ce qui rassemble et non pas se qui divise, qui sont les plus applaudies. Le climat politique de la Fête a exprimé de manière nette et répété cette disponibilité, et aussi une attente inquiète, pour un chemin d’avenir qui soit celui d’une unité politique dans le prolongement du printemps social.

Comment y répondre ?

Une première observation qui est très importante pour la suite et qui explique, pour beaucoup, malgré un paysage très éclaté à gauche, l’appel citoyen et populaire au rassemblement (on l’avait aussi mesuré lors d’enquêtes d’opinion exprimant une très forte majorité dans le peuple de gauche pour l’organisation d’une primaire). Avant de s’engager dans la participation et l’animation de la consultation citoyenne – qui n’est pas qu’un simple QCM comme j’ai pu le lire, quel mépris… – de nombreux camarades ont pu ressentir une appréhension. Qu’est-ce que les gens allaient nous dire ? Nous envoyer valser ou prêter attention à notre démarche ? Nous faisons tous l’expérience que ce questionnaire est une porte d’entrée pour des discussions, des échanges directs, sur la vie quotidienne, les aspirations, les souffrances, les frustrations, sur la politique aussi, la gauche, l’avenir. Le sondage publié dans l’Huma vendredi, la traditionnelle vague IFOP, montre un peuple de gauche toujours bien vivant et ferme sur ses convictions, avec des idées claires, des valeurs et des priorités. Les forces progressistes n’ont pas un problème « d’identité », malgré les terribles coups portés depuis l’élection de François Hollande, mais un problème de mobilisation. Pour 78 % des personnes interrogées, la gauche peut, si elle veut, gouverner sans se renier.
La grande consultation citoyenne a été présente partout sur la Fête. Pour de nombreux camarades, cela a été une « première fois » et nous avons rassemblé tout au long de ces trois journées des témoignages très précieux sur à la fois les réponses mais aussi sur la nature des échanges. 10 000 questionnaires ont été remplis. Vous vous rendez-compte ! Cela veut dire combien d’échanges, trois fois plus, cinq fois plus ? Concernant le renforcement, à ce jour, en attendant le retour des dernières fédérations, nous enregistrons plus d’un millier d’adhésions au PCF lors de la Fête. Nous allons donc poursuivre cette grande consultation citoyenne avec une première restitution nationale le 8 octobre.

Face au danger d’un second tour droite/FN, et beaucoup de celles et ceux avec qui nous avons discuté nous demandent de ne pas accepter cela, le seul et unique acteur qui peut changer les choses, par son intervention, son irruption dans le paysage et le débat politique, ce sont les forces populaires et citoyennes. Beaucoup cherchent une solution pour 2017, quand d’autres pensent qu’il faut trouver un homme providentiel – plus rarement une femme….-. La solution passe par le rassemblement du plus grand nombre derrière des idées et des combats. Le peuple de la Fête de l’Huma veut d’abord décider des questions qui seront débattues lors des prochaines élections présidentielle et législatives. Et son autre exigence est une unité pour une nouvelle espérance et pas la division, pas la dispersion synonyme d’échec programmé.

Nos décisions de Congrès, et ce que nous avons engagé depuis, fait justement de cette question une priorité, une urgence pour « remettre en route la machine à rassembler ». Le climat politique de la Fête ne peut que nous encourager à ne pas lâcher sur la question des convergences et des communs en 2017 et pour après, et le faire à chaque fois que cela est possible, dans nos interventions et nos initiatives. L’objectif est de pouvoir donner du sens, du souffle autour d’idées, de grandes valeurs, d’enjeux pour lesquels le rassemblement est indispensable par delà les débats qui peuvent exister par ailleurs, dont celui sur la candidature à la présidentielle.

Question : est-ce possible ou pas ?

Mais regardons ce qui est en train de se passer autour de la présentation du livre des « frères Bocquet » avec un énorme succès sur la Fête et sur le site Amazon (qui échappe à l’impôt!). Ce qui est possible sur la finance, l’évasion et l’optimisation fiscale, ne le serait pas sur d’autres sujets ? De la même manière, pour l’actualité « Alstom » avec le développement industriel, la jeunesse, les services publics, les enjeux européens, les solidarités actives pour un autre monde….

Ce week-end, les allées de la Fête de l’Huma étaient l’endroit, et nulle part ailleurs, où les candidats déclarés sont venus. Tous, y compris ceux qui ne le sont pas – ou pas encore – comme Christiane Taubira qui a voulu venir « saluer Pierre Laurent ». Nous avons parlé avec les uns et les autres, seul Jean-Luc Mélenchon n’a pas voulu donner un caractère public à cet échange, alors que c’est l’esprit même de la Fête, on se retrouve, on discute, on partage un moment de détente par delà les divergences que nous pouvons avoir. C’est cela la Fête de l’Huma.

Toutes et tous partagent nos inquiétudes sur les dangers de la situation politique, sans que cela ne produise un pas les uns vers les autres. Médiatiquement, sur les chaînes d’infos continues, sur les radios, dans les journaux, le secrétaire national du PCF est apparu comme celui qui continuait à ne pas accepter l’inacceptable, à chercher une solution pour des convergences et une unité. A noter que nous avons eu des retours très positifs suite à la publication de la tribune libre de Pierre dans Le Monde.

On pourra dans les semaines qui viennent approfondir l’analyse de ce paysage toujours éclaté, les obstacles sont toujours là, mais le peuple de la Fête de l’Huma nous demande de ne pas renoncer à un avenir de progrès social et démocratique, et à une France qui ne soit pas livrée à la droite et au FN. La vie politique et médiatique va être marquée dans les deux mois et demi qui viennent par les primaires de droite. Au final, la droite aura son candidat. Avec un débat qui va se durcir, à droite toute, Marine Le Pen n’a pas besoin d’accélérer son entrée en campagne…

Pour la gauche politique, associative, syndicale, citoyenne et populaire qui ne veut ni de la droite ou de FN, ni de Hollande, Valls ou Macron, l’heure est au rassemblement. Cette idée va grandir dans le pays au fur et à mesure que nous approcherons des prochaines élections.. avec la chronique d’une défaite et d’un désastre, ou le récite d’un sursaut, d’une contre-offensive pour 2017 et après. Il existe aujourd’hui des appels pour accélérer les convergences sur du contenu, des propositions.

Discutons de la manière, de la démarche et du calendrier, permettant de rapidement franchir une étape dans cette direction tout en poursuivant la grande consultation citoyenne et en proposant des fronts de rassemblement, de luttes et de projet pour inviter celles et ceux qui remplissent le questionnaire à devenir les acteurs du changement.

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