Le mouvement des Gilets jaunes est arrivé à un carrefour décisif et les forces de gauche sont à l’arrêt. Danger.

On connaît ce moment-là. On le connaît trop bien. Quand des cerisiers sont en fleurs, que les âmes et les cœurs peuvent de nouveau se remplir de belles choses après des saisons pourries ; alors le poison de la division, des amalgames et des boucs émissaires, du racisme et de l’antisémitisme peut tout détruire. Tout ravager. Une colère qui n’est pas dirigée dans la bonne direction peut, très vite, filer au pire. Depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, nous savons que les forces les plus réactionnaires, avec une extrême-droite à l’offensive, se sont habillées de jaune fluo pour dissimuler les reflets les plus brunâtres de leur haine viscérale. Ils détestent le progrès humain et social, les solidarités pour faire société ensemble autour des valeurs républicaines.

Au fur et à mesure de son développement, le mouvement des Gilets jaunes ne s’est pas trompé pour négocier les premiers carrefours. À chaque fois, c’est la direction des exigences sociales et démocratiques qui a été prise. Il a été question de justice sociale et fiscale et non d’identité nationale et d’immigration. Les deux acronymes les plus cités sont l’ISF et le RIC quand des briseurs d’avenir espéraient tirer le mouvement populaire vers la stigmatisation de l’Autre, celui qui est différent par sa couleur de peau, son origine, son orientation sexuelle.

Depuis ce samedi à Montmartre, ou encore dans un métro où une ancienne déportée fut souillée par ces barbares négationnistes (Madame, nous vous chérissons), il souffle un vent mauvais. Le pays est sur un fil. Les sondages propulsent le Rassemblement National, renforcé par l’acolyte Dupont-Aignan, en tête des intentions de votes pour les prochaines élections européennes. Les réactions de l’exécutif alimentent l’extrême dangerosité d’une stratégie qui vise à les faire incarner, eux seuls, le « progressisme », en renvoyant toutes les colères et les frustrations dans les bras des nationalistes. Tous les ingrédients sont réunis pour une glissade vers une réponse autoritaire qui aggraverait les inégalités sociales et économiques et ruinerait les espérances démocratiques.

Dans de tels moments, entre chiens et loups, l’issue pour s’élever et garantir la victoire dans cet affrontement politique et idéologique passe inévitablement par la convergence des forces progressistes sur l’essentiel. Ensemble, elles peuvent faire le récit de ce qui peut suivre, de ce qui peut être obtenu dès à présent, de ce qui peut être semé pour la suite, de ce qui peut être proposé et réalisé pour s’attaquer « à la fin du monde et à la fin du mois ». Ensemble, les militants politiques et associatifs de toutes les sensibilités de la gauche d’émancipation et de l’écologie, syndicalistes et intellectuels, peuvent ne pas manquer ce rendez-vous. Aujourd’hui, ces forces sont à l’arrêt. Il suffit de décider qu’il en soit autrement et d’agir en ce sens. C’est d’autant plus nécessaire et urgent que le danger est réel au prochain carrefour.

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