Le conseil municipal qui plombe François Bayrou.

Compte-rendu du Conseil municipal du 25 juin 2018.

Hier soir, lors du conseil municipal de Pau, nous venons de vivre un véritable tournant dans la mandature de François Bayrou. Jamais les choses ne s’étaient passées ainsi. Jamais F.Bayrou n’était apparu aussi en difficulté. Et aussi isolé. Seul l’inénarrable Jean-Paul Brin, le monsieur «expertise» du maire, qui lui aurait succédé si F.Bayrou était resté Place Vendôme, a essayé de faire le job mais sans grande conviction. Pas un autre élu de la majorité municipale n’est intervenu dans les moments les plus chauds, mais certains regards en disaient long, notamment quand F.Bayrou a répondu sur l’affaire du recrutement de Sophie Borotra.

Le plus simple pour rendre compte de ce conseil qui fera date est d’en faire un récapitulatif, en prenant les sujets tels qu’ils ont été traités, avec, un crescendo de colères, d’emportements et de pétages de plomb de F.Bayrou. Jusqu’à la glissade finale dans les égouts.

Premier sujet qui a fait débat : le nouveau logo de la ville de Pau. La proposition nous est présentée. Pau avec le Pic du midi d’Ossau dans le A, ce A voulant signifier un large sourire mais il faut nous l’expliquer pour que nous puisions l’imaginer, ce qui n’est jamais très bon. La directrice de la communication, dont nous allons reparlé, s’applique à présenter les éléments de langage fournis par l’agence de communication qui a été retenue. Sans que nous ayons le moindre détail sur la manière dont cette agence a été choisie. Une nouvelle signature est proposée : Pau, capitale humaine.

L’opposition municipale a donc réagi. André Duchateau a aimé le A…,comme « André », tout en exprimant des réserves sur l’idée de « capitale ». Pour ma part, j’ai d’abord indiqué que ce nouveau logo ne créait pas d’émotion particulière. « C’est pas terrible ». On peut faire avec, certes, mais sans enthousiasme aucun. Mon intervention a surtout traité de l’idée « Pau, capitale humaine ». L’agence de communication écrit : « l’océan à 55 minutes, la montagne à 30, le travail à 10 minutes et le bonheur sur place ». J’ai alors demandé si cette agence avait eu accès aux photos des parpaings et celles du murage des appartements à la résidence Isabe ? « Pau, capitale humaine », cela n’est absolu pas le cas dans la gestion municipale qui multiplie les passages en force, le mépris des acteurs locaux, en commençant par les bénévoles associatifs, la brutalité. Je demande donc au maire de bien vouloir procéder au retrait de ces parpaings de la honte. Nous venons de saisir le défenseur des droits. Jeudi dernier, Ian Brossat est venu constater la qualité de cet immeuble social. En fait, Bayrou inscrit sa politique municipale dans la logique de la loi Elan votée à l’Assemblée nationale. Les parpaings d’Isabe en sont un symbole. J’ai aussi précisé que le retrait des parpaings ne serait pas pour nous une victoire politique. Ce n’est pas l’état d’esprit. Nous voulons seulement le respect de la dignité humaine.

Et voilà le moment du premier dévissage de F.Bayrou. Je dois l’avouer, je ne m’y attendais absolument pas car la discussion était « intéressante » pour reprendre la première phrase du maire en réaction à nos propos. Puis…les premières attaques, avec, comme à chaque fois, le visage du maire qui se durcit plus il cogne. Il stigmatise alors des élus d’opposition « médiocres », « ridicules », jouant le « misérabilisme ». « Ignorant et hypocrite », les deux derniers étaient pour moi. Ian Brossat est aussi gratifié de quelques amabilités. A vrai dire, y compris au sein de la majorité municipale, personne ne comprend vraiment cette envolée colérique et belliqueuse.

Cela provoque presque une gène…

Puis est venue la discussion sur la vacance commerciale dans l’hyper-centre de Pau. C’est un vrai sujet. À l’initiative de Stéphanie Maza et d’André Duchateau, un comptage a été réalisé samedi dernier pour faire un point précis. Le maire n’a pas aimé, pas du tout même, d’autant plus que la couverture médiatique a été plutôt positive. Comme à chaque fois, nous avons eu droit à une bataille de chiffres. Les prochains résultats de Procos, attendus pour le mois d’août, diront les choses avec précision. Alors que j’étais en train de présenter des actions menées dans d’autres villes, F.Bayrou me coupe la parole et le micro. Il est emporté par une seconde crise de nerfs. Plus violente que la première. On va donc franchir une étape dans les attaques.

Ce qu’il n’a pas apprécié cette fois ? Les commerçants rencontrés samedi ont très largement regretté l’absence du maire. « Depuis les dernières élections municipales, il n’est jamais venu ». C’est une réalité. F.Bayrou est généralement à Pau le lundi puis prend la direction de Paris dès le lendemain, pour ne revenir que le vendredi. Le jeudi, si nous avons un conseil communautaire. Et il peut ne pas être là le week-end. Il essaye de compenser cette absence par une communication frénétique et compulsive quand il est de retour à Pau mais tout cela commence à trop se voir. A se savoir. Le vernis craque. Les affaires municipales sont traitées par un tout petit clan autour du maire : le DGS ( qui est sur le départ), le premier adjoint ( qui est un peu le couteau suisse du maire et qui encaisse bien) et la directrice de la com. Il n’y a pas de bureaux municipaux réunissant l’exécutif. Les réunions de majorité se tiennent avant un conseil municipal, mais pas toujours, et se résument à une lecture lénifiante des intitulés des délibérations. Alors que le maire s’était engagé à recevoir les agents municipaux tous les mois, il vient de le faire samedi dernier. Mais la convocation n’est partie que la veille. Une quinzaine d’agents, plutôt remontés, ont répondu à l’invitation. La dernière réunion datait du…27 octobre.

Résultat : il peut arriver au maire de ne pas trop maîtriser des sujets. Ainsi, quand lors des échanges sur la gratuité des parkings et des bus, je lui indique que j’utilise le parking de Verdun, il en déduit que je suis un résident de la place. Son œil devient méchant. Il croit me tenir sur un mensonge public car il sait que je n’habite pas ce quartier. Il est donc prêt à mordre. Dans la seconde, Jean-Paul Brin, qui connaît la ville, lui indique que quand on réside quartier du château, on dispose en effet de la possibilité d’avoir un abonnement au parking Verdun. Le maire découvre. A la fin de l’échange, j’ai proposé au maire d’indiquer sur son agenda public ces journées de présence effective à Pau. Refus.

Le calme n’a duré que quelques minutes. Sans que nous comprenions vraiment cette nouvelle charge, F.Bayrou s’est attaqué à mon activité politique, « moi, je n’ai jamais été salarié d’un parti politique ». Lui, qui, il est vrai, depuis plus de 35 ans, n’a pas d’autres activités… Puis, car dans de tels moments, il arrose généreusement le maire, il canarde Pierre Laurent et son père, Paul Laurent. Je regarde le maire et lui fait un petit signe comme quoi il perd totalement la boule…

Puis, nous voilà au plat principal. A la douzième délibération, alors qu’il est question de la SPL des Halles, j’aborde la question du recrutement problématique de Sophie Borotra comme future directrice des Halles. Tout juste après avoir annoncé le sujet de mon intervention, F.Bayrou me coupe une première fois en m’indiquant que, si je poursuivais, je m’exposais à des difficultés et à des « révélations » me concernant. Le procédé est grossier. Je poursuis. Au bout de quelques secondes, F.Bayrou, dont le teint du visage est passé du rosé au pourpre flamboyant, réitère sa menace. Une seconde fois, je lui indique, très calmement, que j’ai bien compris son message, mais que j’avais bien l’intention de poursuivre mon propos.

Il a donc été question pour la première fois au conseil municipal de Pau du recrutement de la fille de Didier Borotra. Je ne fais pas ici le rappel des faits. J’ai consacré un billet à cette affaire. L’article le plus informé a été publié par Médiapart. A lire ici https://www.mediapart.fr/…/250418/l-embauche-qui-plombe-bay…

J’attendais des réponses précises. D’autant plus que depuis la publication de l’enquête, les choses apparaissent plus clairement encore. Aujourd’hui, ce sont les services de l’agglomération, et donc nos agents, qui assurent le gros du travail. Pourquoi donc avoir créé une SPL et avoir recruté Sophie Borotra ? D’abord F.Bayrou, la main sur le cœur, assure qu’il n’a pas été associé à cette décision. Jamais. Promis, juré. A l’issue de son plein gré. Bizarre quand même…car cela est exactement la même ligne de défense que…Didier Borotra après le recrutement de sa fille – décidément – à la cité de l’Océan à Biarritz. Lors du procès, à la question du président du Tribunal, l’interrogeant sur le caractère un peu maigrelet de son CV, elle avait indiqué : « mais j’ai été aussi l’attachée parlementaire de mon père ( Didier Borotra était alors sénateur) quand je vivais en …Amérique latine ».

Bayrou et Borotra ne sont informés de rien quoi. C’est terrible cette omerta dont ils sont les victimes. Pourquoi sont-ils traités avec autant de mépris ? Au moins un coup de fil quoi… cela ne prend que quelques secondes, « Allô, Didier, c’est pour te dire que Sophie va être embauchée à la cité de l’Océan ». « Allô, tu sais, Sophie, Sophie Borotra, la fille de Didier, elle va être directrice des futures Halles, comme tu as engagé plus de 20 millions d’euros d’argent public sur cet équipement, Francois, on t’en informe…on ne ne dérange pas au moins…. ».

F.Bayrou n’a répondu à rien, totalement embourbé dans cette affaire. La moralisation de la vie politique s’arrêterait donc aux frontières du Béarn. Il voit même en moi l’inspirateur direct de l’enquête publiée dans Médiapart. C’est dire sa haute considération pour le site d’investigation, à qui nous devons, pour rappel, le début de l’affaire Cahuzac.

La meilleure défense est l’attaque. Elle a pris les allures d’un pet de lapin sur une toile cirée. D’abord en me reprochant une intervention pour un contrat d’alternance. La belle affaire ! Quand j’ai été, pendant 6 ans, président de la Mission locale, je n’ai jamais regardé la couleur politique de celui qui sollicitait une aide, un conseil, une entreprise, un partenaire pour aider un étudiant en recherche d’un stage, d’un contrat d’alternance. Passons. Puis est venu le grand moment de la soirée. Celui préparé par le cabinet du maire. Je voyais le visage de Stéphane Thérou, le directeur de cabinet de Bayrou, tendu vers l’objectif. Pour rappel, Stéphane Thérou est le premier nom qui apparaît dans l’affaire des présumés emplois fictifs des attachés parlementaires du Modem. Il était l’attaché parlementaire de Sylvie Goulard, ex ministre des armées, entre 2009 et 2015. Il est donc au cœur de l’enquête préliminaire qui a provoqué la démission du gouvernement de F.Bayrou.

L’attaque a visé mon CV. D’abord, je n’ai absolument pas compris ce galimatias. Puis, le brouillard s’est dissipé. En fait, le maire de Pau a mis en cause le fait que j’ai pu enseigner dans ma vie professionnelle. Et même l’obtention de mon diplôme. Pour rappel, j’ai connu un itinéraire classique. Un bac à 18 ans, un DEA à 23 ans. Pour financer mes études, j’ai été surveillant – on disait pion à l’époque-. Puis, en entrant en équipe de recherche à Bordeaux 3, comme doctorant (Je sais que mon directeur de recherche, Bernard Lachaise, lira ces lignes et qu’il en sera un peu ému…c’était une belle période, il est depuis devenu un ami), j’ai voulu gagner un peu mieux ma vie. J’ai donc répondu à un recrutement du Ministère de l’agriculture pour enseigner l’histoire-géographie. J’ai été professeur vacataire, avec de nombreuses affectations, puis titulaire après avoir passé le concours. Rien de très original. J’ai enseigné de 1996 à 2006. J’ai aimé mon métier. J’ai exercé à Dax, Oloron-Sainte-Marie ( un lycée sur les flancs de la montagne), à Mugron, à Pau-Montardon ( plus grosse structure mais j’avais les BTS avec un module sur la connaissance du monde contemporain), à Surgères ( c’était loin mais une belle expérience aussi, au sein d’une école nationale du ministère). Il m’arrive régulièrement de recevoir des messages d’anciens élèves via les réseaux sociaux. J’ai conservé un vrai lien avec une dizaine d’entre-eux. Au fur et à mesure que j’ai rappelé cet itinéraire professionnel, mais aussi humain, j’ai bien vu l’agacement de F.Bayrou et la très grande gène de Monsieur Thérou. Le maire de Pau a alors exprimé une forme de condescendance pour l’enseignement agricole….dans de tels moments, il montre son vrai visage.

Reste une énigme ? Comment ont-il pu croire que je m’étais inventé une activité professionnelle, et la réussite au concours de recrutement, avant de demander une disponibilité et rejoindre l’équipe de Marie-George Buffet, place du Colonel Fabien ? C’est un copain, qui à l’habitude de suivre les conseils municipaux sur internet, qui a trouvé la solution. WIKIPEDIA ! La notice biographique dans cette écrémeuse de vie…ce digest pour chef de cabinet trop zélé et pressé. Et en effet, après vérification, il n’est question que de mon DEA puis de mes responsabilités politiques. Rien sur mes années comme professeur. Je ne sais même pas qui a rédigé cette note. A la rubrique « Bibliographie », je constate qu’il n’y a pas le livre sur isabe. Il faut que je prépare une réponse pour le prochain conseil : « si, je vous assure Monsieur le Maire, je suis bien l’auteur de ces portraits croisés ». Et les photos sont de mon ami Pierre Coudouy.

Deux points positifs lors de ce conseil : les échanges avec l’élu aux finances et l’adjointe à l’éducation avec qui nous avons pu échanger de manière normale. En fait, comme cela devrait normalement se passer.

Un clan modem s’est emparé de notre ville. Comment expliquer le recrutement de Laurence Despaux comme directrice de la communication après avoir été, en tout début de mandature, l’adjointe à l’animation. Après sa démission du conseil municipal, pour prendre la direction du service de la communication, où l’ambiance n’est depuis pas très paisible, le maire a indiqué qu’il n’avait pas trouvé un meilleur profil. Comme pour Sophie Borotra ? est-il normal que la directrice de la communication de notre collectivité accompagne le président du Modem lors de ses conférences de presse ? J’ai posé la question, je n’ai pas eu de réponse précise.

Jeudi, à l’ordre du jour du conseil communautaire, la proposition de création d’une nouvelle SPL. F.Bayrou veut en finir avec la régie directe pour la cuisine communautaire. Adresser vos CV au siège du Modem à Pau. Où a Paris, F.Bayrou aura plus de chance de les lire directement.

Nous vivons une époque formidable…fort minable.

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