Faire en sorte que la prochaine surprise soit du côté de la gauche de transformation

Retrouvez ci-dessous mon entretien avec Nicolas Dutent, dans le cadre de la table ronde réalisée par l’Humanité autour du thème : « Après les renoncements de Hollande, où va la gauche ? »

La décision de François Hollande de ne pas se représenter à la prochaine élection résidentielle à l’issue d’un premier mandat est un fait inédit. Que nous dit-il du climat actuel ?

Pour la première fois, un président sortant en capacité de se représenter, et qui souhaitait y aller, est empêché. C’est la marque de l’échec du quinquennat. Nous l’avions exprimé en début d’année lors des « Lundis de gauche ». F. Hollande, Valls et les soutiens à leur politique connaissent et connaîtront les pires difficultés pour se tirer d’affaire. La colère est partout après 5 années désastreuses et détestables. L’exaspération des peuples prend les allures d’un grand chamboule-tout. Les scénarios préétablis sont rejetés. Le climat est à une vraie confrontation sur une question : comment voulons-nous faire société ensemble ? La période est imprévisible. Pour du pire ou du mieux. Les dés sont de nouveau jetés. Qui décide de ce qui est possible ? Celles et ceux qui choisissent de s’en mêler. Le climat n’est pas fait que de périls et de menaces, il est aussi une espérance en quelque chose d’autre. Notre pays est politisé, il y a de l’effervescence avec une trop grande faiblesse de la construction politique, à laquelle l’élection présidentielle ne peut répondre à elle seule.

Les candidatures se bousculent à gauche tandis que droite et extrême droite présentent respectivement un candidat unique. Face à cette période vécue à la fois comme incertaine, inquiétante et clivée… quelle stratégie et quelles propositions urgentes vous semblent devoir s’imposer ?

La primaire à droite a réglé la question du leadership et du projet. Avec Fillon et un programme mêlant Thatcher et la « Manif pour tous », jamais un candidat de droite n’est allé à l’élection avec une telle certitude de l’emporter pour imposer une régression conservatrice et réactionnaire inédite. Face à cela, Marine Le Pen veut apparaître comme un rempart. Elle parle de l’Etat, des services publics, des fonctionnaires, de la Sécurité Sociale…pendant que Macron titre son livre « Révolution ». Les mots sont usurpés mais les intentions sont claires. Ce jeu à trois peut hélas s’imposer. Comme après l’élection de Trump, la finance et les marchés n’ont rien à craindre. Attention, le danger n’est pas celui d’une alternance banale, « pépère », mais bel et bien d’un basculement dans quelque chose de terrifiant. Le piège se refermerait alors pour un long bail. A gauche, il y a trop de légèreté et d’irresponsabilité face à cela. C’est pourquoi les communistes ont décidé majoritairement de ne pas ajouter une candidature supplémentaire. On appelle à voter Jean-Luc Mélenchon avec l’ambition d’une parole communiste forte pour élargir le rassemblement. Il faut reconstruire des repères significatifs de gauche et le faire vite. Un exemple ? Oui, la France peut accueillir les migrants.

La thèse des deux gauches irréconciliables est relancée à l’orée de ce scrutin. On parle d’un divorce qui ne date pas d’hier. Sur quoi est-il fondé ? Est-il par ailleurs, irrévocable ?

De qui parle-t-on ? Des soutiens à la politique actuelle ? En effet, nous ne regardons pas dans cette direction. Ils sont disqualifiés. La fracture est connue : la gauche, ce n’est pas l’austérité. Il y a d’un côté l’immense masse des dominés et en face les représentants d’un système dont on ne veut plus. Par contre, les électeurs de François Hollande du premier tour en 2012, les écolos, les forces du Front de gauche, toutes celles et tous ceux qui étaient coude à coude dans les manifs contre la loi El Khomri, les bataillons d’abstentionnistes, ne sont pas irréconciliables puisqu’ils éprouvent la même chose. L’ampleur des convergences est un atout pour l’avenir. Quel que soit le moment où ils se sont rendus compte que la politique actuelle n’apporterait rien de bon, il faut discuter. C’est pourquoi le rassemblement le plus large, à dimension majoritaire, des forces sociales et politiques, des mouvements, des organisations, des femmes et des hommes, est notre seule et unique boussole. Si on croit que l’on n’a pas besoin des autres, que les autres sont des freins ou des obstacles, cela ne sera pas à la hauteur des enjeux. C’est pourquoi le PCF est en campagne, à la présidentielle et aux législatives, pour additionner et ne jamais soustraire, pour faire progresser le rassemblement partout. Pour faire en sorte que la prochaine surprise soit du côté de la gauche de transformation

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