La démolition d’Isabe n’est pas une fatalité.

Lettre adressée au Préfet des Pyrénées-Atlantiques concernant la situation de citoyens palois, réunis au sein du collectif « Isabe debout ».

Monsieur le Préfet des Pyrénées-Atlantiques
Préfecture
2 rue du Maréchal Joffre
64000 Pau
Monsieur le Préfet,

J’interviens directement auprès de vous pour vous sensibiliser au sujet de citoyens palois, réunis au sein du collectif « Isabe debout », au coeur du quartier Saragosse, qui vivent une situation extrêmement douloureuse. Dans le cadre du projet de rénovation urbaine, ils ont été informés le 15 septembre 2016 par un simple courrier déposé dans leur boite aux lettres, pas même remise en mains propres, du projet de démolition de l’immeuble.

Après cette première brutalité, qui a provoqué un mélange de sidération, d’incompréhension et de colère, les cinq derniers mois sont la chronique d’une non prise en considération de leur situation. Cette seconde violence n’a que trop duré.

Les quartiers populaires souffrent du chômage et de la précarité, des inégalités et des discriminations, des difficultés pour l’insertion sociale et professionnelle des jeunes, d’un lien social qui se délite avec la fermeture d’un trop grand nombre de services publics et un tissu associatif qui tire le diable par la queue. Quand vient s’ajouter non pas le sentiment mais l’expérience d’un manque de considération, d’une absence totale d’écoute, alors c’est le dégoût qui envahit les coeurs.

Monsieur le Préfet, j’ai appris à connaître ces femmes et ces hommes au fil des initiatives du collectif « Isabe debout ». Ils sont devenus, vous pourrez le constater en les recevant, des spécialistes de la rénovation urbaine et de l’amiante. Les règlements de l’ANRU n’ont plus de secret pour eux. Dans de tels moments, la démocratie citoyenne porte une expertise. Mais je sais aussi combien la vie n’a pas été pour eux un long fleuve tranquille. Je pense notamment à cette famille, en charge d’une adulte handicapée, qui vit depuis septembre avec la peur du lendemain.

De plus, Isabe abriterait des appartements « taudis » comme cela a été affirmé. Comme si la menace d’une démolition ne suffisait pas, les habitations doivent-ils aussi faire face à ces contrevérités stigmatisantes et humiliantes. Démonstration a été faite samedi 4 mars, lors d’une opération « portes ouvertes », que les logements sont des appartements parfaitement tenus, améliorés au fil des années au prix d’efforts et de sacrifices.

Les habitants d’Isabe ont aussi, pour un très grand nombre d’entre eux, travaillé tout au long de leur vie et donc apporté à la richesse nationale et à la vie locale. Il y a beaucoup de solidarité et d’humanité dans les quartiers populaires. Bien plus qu’on ne le croit.

Nous avons appris la prochaine visite à Pau, au quartier Saragosse, de Monsieur le Premier ministre pour engager l’État dans cette nouvelle opération de rénovation urbaine. Comment un tel projet pourrait raisonnablement s’imposer sans le consentement des principaux concernés ?

La démolition d’Isabe n’est pas une fatalité. Le bon sens et l’Intérêt général peuvent l’emporter. Au vu de ces éléments, je souhaiterais, Monsieur le Préfet, que vous puissiez recevoir des représentants du collectif « Isabe debout » ? Cette rencontre serait véritablement une marque de considération pour des femmes et des hommes qui demandent, au final, une chose assez simple : se sentir respectés et considérés.

Veuillez agréer, Monsieur le Préfet, mes salutations respectueuses.

Olivier Dartigolles

Conseiller municipal de Pau

Conseiller communautaire Pau Béarn Pyrénées.

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