Pas de « changement » ni de « révolution » mais une accélération spectaculaire des politiques d’austérité.

L’entretien publié dans « Communistes », supplément du journal l’Humanité.

QUE RETIENS-TU DES 100 PREMIERS JOURS DE MACRON ET DE SA MAJORITÉ PARLEMENTAIRE ?

Une avalanche ininterrompue de mesures anti-sociales pour financer une politique ultra-libérale en faveur des plus riches. Le nouveau pouvoir frappe tous azimuts avec la réforme du code du travail pour licencier, précariser et généraliser le dumping social. La loi de « moralisation » laisse les mains libres à la finance pour continuer à pourrir notre vie publique. Avec la réforme de l’ISF, les mesures sur la fiscalité des entreprises et du capital, le renoncement face à Google, la France peut devenir une sorte de paradis fiscal nouvelle génération. Des privatisations et de nouvelles dérégulations sont inscrites à l’agenda.

Pas de « changement » ni de « révolution » mais une accélération spectaculaire des politiques d’austérité. Pour le quinquennat, la trajectoire de baisse des dépenses publiques est de 80 milliards d’euros dont 20 dès 2018. Les fonctionnaires sont directement visés, les retraités avec l’augmentation de la CSG, les plus modestes avec la baisse des APL et la casse du logement social.

Les collectivités territoriales sont menacées d’une saignée de 13 milliards avec des ressources financières et une liberté d’administration attaquées comme jamais. Cela va peser pour les élections sénatoriales de septembre. Il faut très concrètement prendre la mesure des terribles conséquences que tout cela peut avoir pour notre société toute entière. On entre dans une zone jusqu’alors inconnue. Le monde associatif peut ne pas y résister avec les effets cumulés des baisses de subventions et de l’arrêt des contrats aidés.

Il y a aussi beaucoup de cynisme, en profitant du scandale de la non affectation universitaires de dizaines de milliers de bacheliers pour aggraver la sélection à l’université, en annonçant des états généraux de l’alimentation tout en nommant une commission d’experts triés sur le volet pour valider le CETA, ou encore en affirmant une ambition humaniste pour les migrants tout en organisant le tri des réfugiés en France et à l’étranger… La liste est longue. Sans oublier le tapis rouge sous les pieds de Trump le 14 juillet et les amalgames, odieux, en présence de Nétanyahou, le jour de la commémoration du Vel d’Hiv. André Chassaigne a raison de dire  » Et maintenant, Monsieur le
Président ?  » (1)

TOUT CELA EXPLIQUE LA CHUTE DE POPULARITÉ DU PRÉSIDENT MACRON ?

Il a été élu dans une situation inédite mais non sans une intelligence du moment politique dont il pouvait tirer profit avec l’aide de puissants soutiens économiques et politiques qui demandent aujourd’hui un retour sur investissement ! Il n’y a jamais eu dans le pays une adhésion majoritaire à son projet. Il a entretenu quelques temps l’illusion d’une modernité, d’une politique équilibrée, « de gauche et de droite ». La victoire de Macron n’est pas l’issue de la crise politique et démocratique, ni même de la recomposition politique en cours. Nous sommes toujours sur un volcan avec, à l’horizon, le danger d’une crise financière mondiale de magnitude bien plus élevée que celle de 2008. Macron a fait le choix d’une communication verrouillée, en tenant les journalistes à distance, priorisant les images mais les masques tombent les uns après les autres.

Face aux contradictions qui s’aiguisent, l’hyperprésidence s’est transformée en un autoritarisme de plus en plus marqué. Avec un gouvernement et un parti présidentiel aux ordres, une haute administration sous pression, un chef d’état major des armées humilié, un Parlement méprisé avec la menace d’une réforme très dangereuse pour les droits des parlementaires à élaborer la loi, une démocratie sociale et locale piétinée, une transposition de l’état d’urgence dans la loi ordinaire, les libertés individuelles, la démocratie et notre République sont en danger.

COMMENT Y RÉPONDRE ? AVEC QUELLE FEUILLE DE ROUTE POUR LE PCF ?

D’abord par un travail précis, argumenté, pour dire la réalité et les supercheries du Macronisme (2). Nos parlementaires ont réalisé un gros travail de décryptage et de contre-propositions. Députés, sénateurs et membres de l’exécutif national sont disponibles pour animer des débats. L’Humanité a contribué fortement à la démystification de « Jupiter ». Le numéro de mai-juin de la revue « Économie et politique » donne des éclairages et des analyses sur le néolibéralisme de Macron.

La bataille idéologique va être de très haut niveau dans les prochaines semaines. L’exécutif veut vite conclure la première séquence, celle de la réforme du code du travail et du budget 2018, pour engager la suivante. Sur le terrain de la riposte, il y a la journée de mobilisation du 12 septembre puis la Fête de l’Huma. Tout ce qui sera proposé doit viser l’unité la plus large sur l’essentiel : l’égalité, la démocratie, la Paix avec les marches du 24 septembre.

L’université d’été du PCF sera un premier temps fort pour réfléchir et débattre. Le Conseil national se réunit vendredi en séminaire. Pierre Laurent, en juin dernier, a proposé de « tout mettre sur la table et entre les mains des communistes ». Pour une préparation réellement « extraordinaire » de notre Congrès en 2018, ne faut-il pas avoir l’ambition d’un questionnement profond et sans tabou, d’un débat franc et fraternel puis de décisions fortes et claires sur notre identification politique ?

Tout le reste en découlera, comme par exemple les questions organisationnelles ou de communication. La réunion nationale d’octobre des animateurs de section devra faire une proposition d’ordre du jour, de méthode et de
calendrier.

1. André Chassaigne,  » Et maintenant, Monsieur le Président ? »,
éditions de l’Atelier. Disponible à l’université d’été.

2. A paraître, octobre 2017, Olivier Dartigolles,  » Le roi des riches. Réalités et supercheries du Macronisme. Saison 1 « , Editions Arcane 17.

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