De quoi avons-nous besoin ?

Intervention prononcée lors du « Carrefour citoyen des gauches et de l’écologie »

Merci à Martine Aubry pour cette invitation et aux organisateurs de ce « Carrefour citoyen des gauches et de l’écologie ». Nous avons besoin d’échanges, de débats pour de vrai, allant au fond des choses, en nous disant directement les uns et les autres, où nous en sommes, ce que nous envisageons pour l’avenir de notre pays et des combats progressistes, les enseignements que nous tirons du quinquennat qui s’achève, ce dont nous ne voulons plus, les ruptures que nous proposons avec ce qui a échoué, les alternatives à l’austérité sur lesquelles nous pouvons converger pour un rassemblement, une nouvelle majorité politique de gauche. Les gauches et l’écologie politique ne sont pas irréconciliables si elles se fixent l’objectif d’en finir avec des politiques désastreuses pour l’homme et la planète. A l’heure où la droite et l’extrême droite ne s’interrogent ni sur leur existence, ni sur leur ambition, il y a urgence a dire de quoi la gauche est le nom, ce qu’elle peut faire espérer en prenant l’engagement de s’y tenir. Pour de bon.

Le PCF participe à tous les espaces qui proposent ce débat. Nous étions, il y a quinze jours, à la journée de travail à l’initiative de l’Appel des 100, puis à celle animée par Convergences des services publics. Le 10 décembre, à la Bellevilloise, nous allons réunir des personnalités politiques de gauche, des syndicalistes, des responsables associatifs, des universitaires et des acteurs culturels, pour discuter d’un pacte commun de mesures emblématiques, crédibles et rassembleuses, qui pourraient être les marqueurs largement partagés d’une politique de gauche anti-austérité, mesures qui pourraient constituer un programme des 100 jours avec des axes de transformations à moyen et plus long termes.

Les communistes ont décidé d’une démarche de rassemblement. Un nouveau dialogue doit et peut se nouer à gauche pour qu’un rassemblement majoritaire porte un projet répondant aux exigences populaires. La grande consultation populaire, animée par les militantes et militants communistes, a fait la démonstration que des valeurs de gauche sont toujours bel et bien présentes. Pour celles et ceux qui en doutaient, le dégoût provoqué par le projet de déchéance de nationalité, puis la formidable mobilisation populaire et citoyenne des salariés et de la jeunesse contre la loi El Khomri, en ont fait la démonstration. A battre le pavé ou les claviers d’ordinateurs, nous cœurs et nos valeurs ont exprimé l’essentiel. Un 49.3, détestable, n’y changera rien. Quel débouché politique ? Discutons de cette question.

Les adhérents du PCF vont faire un choix pour la candidature à l’élection présidentielle tout en continuant à travailler à créer les conditions, malgré les obstacles et les difficultés, à une candidature commune pour ne pas livrer l’avenir de la France à une droite extrémisée et un Fn si dangereusement installé.

Comme l’indiquait Pierre Laurent lors de la dernière Fête de l’Humanité, il y a aujourd’hui trop de légèreté et trop d’irresponsabilité face à la gravité de la situation politique. Le danger est celui d’une triple victoire, politique, idéologique et électorale, des forces de droite et de l’extrême droite au printemps prochain.

Il faut du discernement pour bien comprendre ce qui nourrit un tel paysage et une recomposition politique qui, si nous n’agissons pas avec force et clarté, peut se traduire non pas par une alternance banale mais par quelque chose de totalement inédit. Avec une droite qui arriverait aux affaires porteur d’un projet qui n’est jamais allé aussi loin et un FN, aux portes du pouvoir, qui pourrait incarner une « opposition sociale ». Terra Nova s’était bien planté en théorisant en 2011 qu’il était possible d’abandonner les classes populaires pour un nouveau socle majoritaire. Voilà le résultat…il est effrayant.

De Trump à Fillon, en passant par le Brexit, l’imprévisible peut être aussi interprété comme un retour de l’Histoire. Désormais, rien n’est impossible…

Ce qui est certain, c’est que la mondialisation capitaliste provoque un tel niveau d’inégalités, de souffrances et de frustrations, que les colères populaires cherchent, de manière la plus tonitruante, à se faire entendre. Les peuples poussent un cri. Les démagogues et les nationalistes ont bien compris combien, sans rien toucher au système, et notamment aux intérêts de la Finance et des marchés, il pourraient surfer sur cette désespérance en bloquant toute issue positive et progressiste.

Je suis un enfant du service public, ce dont j’ai pu bénéficier, je le dois à des politiques publiques portées par des majorités de gauche, à l’échelle locale et nationale. Elu sur fond d’anti-sarkozysme, le quinquennat de F.Hollande aurait pu renouer avec l’idée de progrès social et démocratique. Le traité budgétaire européen n’a pas été renégocié. Avec le pacte de responsabilité et le CICE, le patronat, pour reprendre une formule de Pierre Gattaz, à vécu un rêve éveillé – jamais un gouvernement ne lui avait fait un tel cadeau un 31 décembre… Ce compromis historique, selon les termes cette fois de François Hollande, s’est soldé par un bras d’honneur en termes de créations d’emplois et d’investissements. La cupidité et l’avidité n’ont plus de limites. La politique menée depuis 2012 a été la chronique ininterrompue de renoncements et aussi de trahisons. Cela n’a pas été flou du tout…et il y a eu trop de loups pour déchiqueter ce que nous pouvions attendre d’une politique de gauche après 10 ans de droite.

Que les choses soient claires, je ne crois en aucun cas que le réquisitoire implacable de ce quinquennat puisse, à lui seul, ouvrir une démarche de rassemblement à la hauteur des enjeux. Comme je ne crois pas à l’idée que prendre la tête des colères populaires sans les diriger vers une alternative positive, en affirmant que le sujet n’est pas l’identité mais l’égalité, peut répondre à la situation.

De quoi avons-nous besoin ?

D’ESPOIR, ce mot qu’il nous faut vite réapprendre pour faire reculer les peurs, les dangers, les résignations et les fausses fatalités. Aujourd’hui le pays craque de partout. Regardez la situation dans la fonction publique hospitalière, pour la jeunesse dans les quartiers populaires, pour les salariés qui ont peur du déclassement, de ne plus pouvoir y arriver, pour celles et ceux qui ont a choisir entre faire le plein du frigo ou faire le plein d’essence. Cette année, 200 millions de bons alimentaires ont été distribués en France…200 millions…ca suffit !!!!

Ni Hollande, ni Valls ne peuvent incarner une réponse de gauche à ce désastre. Macron…Martine, tu as pu par le passé parler de ta grand-mère en  Soule, moi, mon grand-oncle dans le sud-Gironde me disait que quand un mec dit qu’il n’est ni de gauche ni de droite, c’est qu’il n’est ni de gauche, ni de gauche….C’était un belle idée en début d’année de dire, d’abord le programme, après la candidature. Le présidentialisme, renforcé par l’inversion du calendrier électoral, est l’un des verrous à un changement progressiste. Face à l’offensive des forces de droite et de l’extrême-droite, qui ne tarderont pas à se donner la main sur certaines questions, il nous faut une contre-offensive d’ampleur et dans la durée pour créer un rapport de force plus favorable aux idées de progrès, de justice sociale, de solidarités. Tout ce qui pourra être fait jusqu’à l’élection présidentielle et les élections législatives va compter. Je ne crois pas à l’idée qu’un raz de marée électoral de la droite et du FN pourrait créer des conditions plus favorables à la refondation de la gauche…

Alors allons-y, allons-y vraiment, ayons le débat de contenus pour une vraie politique de progrès social, environnementale et démocratique en France et en Europe. Ce débat, des responsables politiques socialistes critiques vis-à-vis du quinquennat Hollande/Valls, l’ont trop repoussé », trop contourné, en imaginant que le simple casting d’une primaire pouvait répondre aux exigences pour une alternative de gauche. Vous y êtes prêts ? Oui ou non ? Ne jugez-vous pas que la course contre la honte, un second tour droite/fn, qui ne serait plus un accident comme en 2002 mais le terminus de ce quinquennat, exige aujourd’hui un sursaut, une régénérescence, une refondation de l’idée de gauche et de progrès. Allez-vous avoir ce courage là même si cela doit secouer fort ?

Pour ce qui concerne le PCF, nous mettons sur la table nos propositions, issues du dernier Congrès de juin, rassemblées dans un document intitulé « le Temps du commun ». Nos groupes parlementaires, à l’Assemblée nationale et au Sénat, n’ont cessé, tout au long de la mandature, d’avancer des contre-propositions, de construire des convergences de contenus, avec les autres sensibilités de gauche, cela fut notamment le cas lors du débat sur la Loi El Khomri, que Fillon veut aujourd’hui conserver pour aller encore plus loin dans le dynamitage du code du travail.

Débattons des moyens financiers, démocratiques et européens, pour une société du partage, une sécurité d’emploi ou de formation, une société du bien vivre et du bien commun. Révolutionnons la République pour une France de Liberté, d’Egalité et de Fraternité. Contre l’Europe du capital, allons vers un projet solidaire pour une union de nations et de peuples libres, souverains et associés. Avec une France engagée pour la paix et le progrès.

Pour changer de politique, pour redonner du pouvoir au peuple, la France ne doit pas seulement changer de Président, elle doit changer de majorité. Arrêtons le gâchis, il n’est pas trop tard. Ayons confiance dans la capacité de notre peuple à dire que la France est belle et capable du meilleur. Des millions de gens ne veulent pas du scénario qui est présenté aujourd’hui comme le seul et unique atterrissage pour 2017 : un second tour droite/FN. Il en va de notre responsabilité. Je crois que l’exigence du peuple de gauche au rassemblement, à l’unité va se faire entendre. Elle peut être, après Fillon, la prochaine surprise. Mais attention, si cette exigence ne se traduit pas par une rupture claire avec la politique actuelle, alors nous basculerons dans des temps très douloureux et dangereux pour notre société.

C’est pourquoi Pierre Laurent et le PCF ne renonceront jamais, je dis bien jamais, à lancer un appel au rassemblement à toutes les femmes et les hommes de gauche de ce pays, à toutes les forces disponibles, pour converger et remettre la France sur les rails du progrès. Ca urge….

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