Comment demander efforts et sacrifices au pays avec une telle dette ?

Pour François Fillon, tout est légal . Il ne remboursera rien. Pour plus de 3600 euros nets, sa femme, Pénélope, n’était pas son « assistante » mais sa « collaboratrice ». Elle assurait « des tâches modestes ». Ouf, le pays respire. Tout va pour le mieux.

Sur le plan moral, il admet une « erreur » mais refuse de rembourser. Bref, semblant toujours ne pas comprendre la nausée provoquée par cette nouvelle affaire politico-financière, il se comporte comme si tout cela n’était qu’un simple accroc, qu’une malheureuse erreur de conduite.

Mais aujourd’hui, le bolide Fillon du lendemain de la primaire est victime d’une grosse avarie technique .

Comment demander efforts et sacrifices au pays avec une telle dette ?

Notes de lecture…

Notes de lecture.

Essai. Dans la tête de Marine Le Pen, par Michel Eltchaninoff, édition Solin/Actes Sud.

L’auteur a prioritairement travaillé à partir des discours de Marine le Pen. Sa conclusion : « elle avance masquée et elle se montre très forte à ce jeu ». Pour Michel Eltchaninoff, « afin de laisser croire qu’elle a quitté la famille de l’extrême-droite, elle multiplie les repères, brouille les pistes ». Au crible de cette analyse, l’ouvrage fait la démonstration que Marine le Pen n’a pas supprimé les piliers traditionnels du FN et de l’extrême droite.


Le Front national a-t-il changé ? Page 169, on peut lire : « Son appel à la révolte contre les élites, la bureaucratie européenne et le capitalisme libéral pourrait le laisser penser. Contre le discours des contraintes, qu’incarnent aux yeux des Français les partis de gouvernement traditionnel et qu’incarne le programme très libéral du candidat des Républicains françois fillon, elle en appelle à un changement radical fondé sur un ras-le-bol populaire (…) le succès du FN offre la griserie de la révolte » mais cet ouvrage, avec d’autres, fait œuvre utile en participant à une indispensable démystification du visage « social » et « républicain » du FN.


J’en profite pour signaler ici l’entretien de Willy Pelletier, sociologue et coordinateur de la Fondation Copernic, dans l’Humanité du vendredi 27 janvier, qui présente l’ouvrage  » Les classes populaires et le Fn » ( ouvrage collectif, éditions du Croquant) en exprimant « l’urgence de déconstruire les fantasmes autour du vote Front National ». Pour lui, et je partage cette idée, « lutter suppose de viser juste » et « saisir les causes sociales des votes FN ». Il fait comprendre « les processus sociaux divers qui se conjuguent pour qu’au final les plus proches soient vus comme des rivaux, des menaces, quand seul reste le chacun pour soi, un sauve-qui-peut général où personne ne peut secourir personne ». En effet, la destruction des solidarités pèse lourd.

Les yeux d’Elsa, Aragon.

Rangé dans l’une de mes bibliothèques, pas à Pau, ni à Paris mais à Saint-Pierre-d’Aurillac, « Les yeux d’Elsa » et les dernières lignes de la préface, écrite à Nice, en février 1942.
« Tous ceux qui d’un même blasphème nient et l’amour, et ce que j’aime, fussent-ils puissants à écraser la dernière étincelle de ce feu de France, j’élève devant eux ce petit livre de papier, cette misère de mots, ce grimoire perdu; et qu’importe ce qu’il en adviendra si, à l’heure de la plus grande haine, j’ai un instant montré à ce pays déchiré le visage resplendissant de l’amour ».

Aveu de faiblesses (Albin Michel), par Frédéric Viguier.

Excellent ! Les déboires d’Yvan Gourlet à Montespieux-sur-la-Dourde. Les effets de la désindustrialisation dans le nord de la France. Doublé d’un roman noir ( qui a assassiné Romain Barrol ?). J’aime bien l’écriture au scalpel de Viguier.

Un point de repère à gauche.

L’affaire Fillon s’étale à la une des journaux. L’enquête judiciaire devra faire toute la lumière sur les conditions de rémunération de son épouse. Ce n’est pas la première fois que l’ancien premier ministre se fait épinglé sur l’utilisation de l’argent public. Lorsqu’il était à Matignon, pour rejoindre son château dans la Sarthe, il utilisait un Falcon pour une dépense de 27 000 euros pour un aller/retour, quand un Paris-Angers en TGV, c’est 80 euros et 1H20 de trajet….

Vous avez remarquez ? Le FN est plutôt silencieux sur le sujet. Normal, le FN et Marine Le Pen sont sous le coup d’une enquête judiciaire pour escroquerie en bande organisée concernant l’emploi de collaborateurs payés par le Parlement européen, sans preuve réelle de leur travail.

Macron pense pouvoir profiter du dégoût provoqué par le système politique, lui, pur produit du système. Sous la haute protection les libéraux de tous bords et du monde de la finance, Emmanuel Macron prend les habits du « renouvellement » pour surtout ne rien changer.

La gauche est à reconstruire et il existe des forces considérables, politiques, associatives, sociales et citoyennes pour une contre offensive à la hauteur des enjeux de la période. Ce que je ressens, c’est à la fois que tout cela peut très mal se terminer – il y a parfois une grave sous estimation des dangers -, et que notre pays est capable de prendre une autre direction.

Avec le Front de gauche, nous disions l’Humain d’abord et nous avions raison de le dire, on va continuer, sur l’ensemble des questions à porter ce drapeau. La convergence des forces anti-austérité est à la fois une urgence et la solution. À Pau, je peux le vérifier concrètement. Quand je suis avec les locataires de la tour Isabe, ou encore avec les hospitaliers, c’est la même question qui est posée : dans quelle société voulons-nous vivre ? Avec les d’habitants, les acteurs de la vie associative et syndicale que je vois régulièrement dans mon activité d’élu d’opposition face à François Bayrou, il y a toujours dans nos échanges une attente de perspectives et de rassemblement à gauche. La droite, elle, n’a pas d’états d’âme existentiels.

Je serai candidat en juin prochain dans la 1er circonscription avec la volonté que cette candidature soit un point de repère à gauche pour toutes celles et ceux , de toutes les sensibilités progressistes, qui veulent combattre la droite et le FN et tourner la page de ce quinquennat. Nous présenterons l’équipe de campagne dans les prochains jours.

Boucheron et Le Corre.

Histoire mondiale de la France, sous la direction de patrick Boucheron (Seuil).

En septembre 2016, j’avais exprimé dans une tribune publiée sur Médiapart ma très grande réserve sur l’idée d’alimenter le débat public et politique après les propos de Nicolas Sarkozy sur « nos ancêtres nos gaulois ». J’y voyais d’abord une formidable opération de détournement. Quand on parle de l’identité, la question sociale est toujours la grande perdante. Cela posait d’autres questions sur le « roman national » au service des d’un seul objectif : celui qui consiste à diviser, à stigmatiser, puis à exclure.

Dans un tel climat idéologique, qui depuis les gauloiseries de sarkozy a pris d’autres habits, mais pas moins dangereux avec Fillon, la publication de « l’Histoire mondiale de la France » répond à une urgence. Et de la plus belle des manières. Dans son « ouverture » qu’il préfère a terme « d’introduction », Patrick Boucheron veut  » rendre compte de la vitesse d’un entrain collectif », « d’une conception pluraliste de l’histoire contre l’étrécissement identitaire qui domaine aujourd’hui le débat public ». Avec 122 auteurs et 146 dates référencées, l’ouvrage refuse de céder aux crispations réactionnaires l’objet  » Histoire de France » et « de leur concéder ce monopoles des narrations entraînantes ». Pour P.Boucheron,  » c’est l’histoire difficile de la société française confrontée aux défis de la mondialisation durant ces trente dernières années qui explique cette cristallisation croissante du débat public sur le thème de l’identité ».

Il y a une énergie joyeuse dans cette élaboration collective. Boucheron écrit  » osera-t-on avouer ce qui, le plus souvent, a guidé nos choix, ce fut le principe de plaisir ». Un plaisir donné en partage. C’est aussi une réponse aux casseurs d’avenir proposée par des historiens.

Roman noir. Prendre les loups pour des chiens, Hervé le Corre ( Ed. Rivages).

Je connais bien le décor du dernier roman d’Hervé le Corre. Franck, qui sort de la prison de Gradignan, se retrouve à la sortie de l’autoroute à Langon. La ville de ma jeunesse. Rive droite avec les coteaux et les vignes, les arbres fruitiers et les méandres de la Garonne, mon grand-oncle, Jean Lafourcade, résistant, déporté à Dachau, dont il est « revenu » – sans jamais en sortir vraiment -, pour planter des arbres et des idées. Il fut plus de 30 ans le maire et le conseiller général communiste de ce canton rouge et solidaire. Rive gauche et mon collège, le lycée Jean Moulin, l’école de musique, le club de basket.

A la lecture des premières pages, je me demande où file Franck. Je cherche les indices. Avec, à la page 21, un premier élément : « les pins, le sable noirâtre ». Cela me parle aussi, nous voilà en lisière des Landes girondines. Bingo, page 84,  » près de Saint Symphorien ».
Je pourrais parler ici de l’intrigue, de cette famille hautement toxique, de Jessica, de sa fille surtout. La force de Le Corre est d’abord de nous faire aimer les silences, les paysages, les lisières, les respirations au bord du précipice. L’océan aussi, la nuit, « la ligne d’écume », « cette étendue luisante et noire…cette colossale tranquillité ». J’ai souvent fait cette route avec les copains du lycée puis des années universitaires. Celle qui va du sud-Gironde au littoral atlantique. Sylvain au volant, Patrick et Vincent.

J’ai connu la canicule étouffante des pins. Page 148, Hervé Le Corre écrit :  » quand il est sorti, il a senti dans l’air une odeur de feu. Il a regardé s’il n’apercevait pas un nuage de fumée au-dessus des arbres mais le ciel était blanc et aveuglait comme un acier en fusion et il a pensé que le feu aurait pu tout aussi bien tomber du ciel comme dans les histoires de fin du monde ». Entre souvenirs d’enfance et réconciliation, haine et bienveillance, terres oubliées et vies brisées.

Attention, j’ai lu quelques critiques – très positives – qui parle d’un polar qui se déroule à « Bordeaux ». Non, pour vous en convaincre, quand vous êtes à Bordeaux, prenez la direction de Langon, puis de Bazas, ou encore de Captieux ou de Villandraut. Vous comprendrez. Je n’ai jamais vu de palombières place des Quinconces.

lectures d'olivier dartigolles

Lectures…

Dans son dernier essai,  » Un monde sans esprit. La fabrique des terroristes » ( Les liens qui libèrent), Roland Gori nous incite à « ne pas rater l’essentiel » et pose une question : « le politique est-il prêt à se laisser guider par l’artiste pour nous accompagner dans la conduite de nos vies ».

Ce livre m’a d’abord semblé sombre, tant l’analyse très serrée sur le vide moral et culturel de l’époque est remarquablement présentée. Mais l’essai est au final un beau message d’espoir pour « un pacte d’humanité », pour retrouver un « nouveau souffle des opprimés » (Marx). Pour Gori, « notre monde est affamé d’espoir ».

Gori met la plume dans la plaie, sur la réponse sécuritaire par exemple. Les mesures sécuritaires sont insuffisantes, « elles ne soignent que les symptômes d’une maladie de civilisation que le néolibéralisme a fabriqué de pied en cap ». Ou en encore :  » c’est bien parce que cette hégémonie néolibérale tend à nous léguer un monde sans esprit que nous assistons aujourd’hui à la résurgence de mouvements tyranniques et despotiques, racistes ou nationalistes, terroristes ou extrémistes ».

Face à la terreur, Roland Gori nomme le défi, « donner des raisons d’espérer et de penser l’avenir ». Au risque de connaître d’autres monstres. Ce livre pointe la carence des récits émancipateurs capables de répondre aux besoins humains d’espérer en l’avenir.

Il y a urgence car  » nous cheminons au bord du gouffre, entre la poudrière de la paupérisation généralisée des populations du monde, vampirisées par la cupidité du néolibéralisme, et l’abime du terrorisme divers et variés, nés de la confrontation et de la dislocation des États et des puissances publiques ».

Il nous fait donc « chercher une autre manière de vivre ensemble, d’éprouver ensemble, de partager ensemble ». Avec un humanisme à refonder, à réinventer, lié à la place et à la fonction sociale de la culture . C est le cœur de l’essai. Gori attend ainsi des gouvernements « qu’ils fassent œuvre ». Vaste chantier. Indispensable tant la politique est aujourd’hui en panne d’imaginaire.

Quand on repose le livre, on imagine combien la réconciliation entre politique et culture pourrait changer radicalement le paysage politique qui s’installe pour les élections de 2017.

Second livre. J’ai retardé le rythme de lecture dans les derniers chapitres pour en faire durer la musique (quelle belle écriture) et l’émotion. « Les portes de fer » (Seuil) de Jens Christian Grøndalh. Il faut tenir pour ne pas lâcher le récit avant l’arrivée de Stanko et de sa mère, Ivana. Il y a Lisbeth, Erika, Adèle, Viviane, Maria, Benedicte… » Revoit-on les femmes de sa vie pour se voir tendre un miroir ? ». Il n’y a pas dans ce livre de « gens du vide » mais des portraits sensibles, humains, tourmentés. Vivants. Jusqu’à la la porte Maggione à Rome ( description page 287…).

Capitaine, Moncla le fut sur les terrains de rugby, mais également sur le terrain social.

Chronique réalisée par Christian Laborde pour PresseLib’.

Je lis le « François Moncla » d’Olivier Dartigolles, paru, il y a quelques mois, aux Editions  Arcane 17.

C’est un petit livre comme je les aime, sans gras ni temps mort, un livre affûté qui reconstitue le parcours du cœur battant de François Moncla. Un parcours qui mène le sieur François, pêcheur de truites en Ossau, de l’Etoile sportive arudyenne au Quinze de France, des terrains du Sud-Ouest à la pelouse de l’Ellis Park de Johannesburg, où, le 16 août 1958,  le quinze tricolore, conduit par Lucien Mias, bat les Springbocks  sur le score de 9 à 5.

Cette équipe de France, la voici : Lacaze, Dupuy, Marquesuzaa, Martine, Stener, (o) Haget, (m) Danos, Barthe, Carrère, Moncla, Momméjat, Mias, Roques, Vigier, Quaglio. Et qui succèdera à Mias, «  la plus grande gueule du Tarn » au poste de capitaine de l’équipe de France ? François Moncla. Et capitaine, Moncla le fut sur les terrains de rugby, également sur le terrain social. Il fut plaqueur d’Anglais à Colombes et traqueur d’injustice partout. Dans notre pays couleur d’émeraude où rugby  se prononce « rubis », Moncla reste rouge.

Le « Moncla » d’Olivier Dartigolles compte 76 pages et coûte 10 euros.

Ils ont osé le dire cette semaine ( épisode 3).

Un seul sélectionné. Pour ce qu’il n’a pas exprimé . Il suffisait de dire :  » non, au nom de la République exemplaire, je ne peux pas accepter ».

Conseiller du président Hollande, Vincent Feltesse a été nommé en milieu de semaine conseiller maître à la Cour des comptes. Il était, il est vrai, en grande précarité. Comme des millions de français dont la vie ne tient qu’à un fil et qui redoutent de ne plus pouvoir s’en sortir au moindre pépin.

Il a tenu le chronomètre dans le bureau présidentiel pour calculer le temps de l’annonce de l’empêchement. 5 minutes et 45 secondes. Sur son blog, le conseiller nous rappelle que le candidat Hollande s’était déclaré, en 2011 à Tulle, « en 8 minutes et 11 secondes » . Décidément, ce quinquennat aura été un plan comptable jusqu’au bout du bout !

Député après avoir viré la suppléante de Michèle Delaunay, un temps en embuscade pour remplacer Alain Rousset à la tête de la Région, il a perdu en octobre la présidence du groupe PS à la mairie de Bordeaux. Pourquoi une telle promotion à la Cour des comptes ? C’est tout simple : il n’a pas obtenu l’investiture du PS dans la 3 eme circonscription de Gironde ( Bègles, Talence).

Il devrait se rappeler ses jeunes années .  » En CE1, j’étais à l’initiative d’une pétition contre le traitement de faveur qui était fait au fils du professeur » indiquait-il lors d’un grand oral devant le Club de la presse de Bordeaux. C’est toujours sain de conserver intacte sa capacité à l’indignation devant un traitement de faveur…

Par le passé, il fut aussi la plume du général tortionnaire Marcel Bigeard, pour qui il rédigea le remarquable  » De la brousse à la jungle », tout en précisant :  » j’ai gagné pas mal d’argent avec cela ».

Feltesse n’a pas réagi à sa nomination. Il aurait pu nous citer Bigeard dans le texte :  » nous sommes dans la merde, mais ce n’est pas une raison pour la remuer ». L’odeur est en effet pestilentielle.

Quand la crise démocratique se situe à un niveau inégalé, et avec elle la défiance, le dégoût; quand les populistes et les démagogues prospèrent, quand l’exemplarité et la reconquête de repères et de valeurs peuvent, seules, répondent aux périls, de tels comportements sont irresponsables. Ils sont fous ? Ils ont perdu toute capacité au discernement ? Je ne le crois pas. Ils sont cyniques.

Je vous retrouve le 11 janvier.

Ils ont osé le dire cette semaine (épisode 2).

Christine Lagarde. Devant la cour de justice de la République, l’ancienne ministre de l’Économie et actuelle directrice générale du FMI a eu bien des difficultés à expliquer ce qui apparaît bien plus qu’une simple « négligence ». Stéphane Richard, son ancien directeur de cabinet à Bercy, et actuel PDG d’Orange (le recyclage dans ce monde là ne pose pas trop de problèmes, cette collusion entre le gratin de la fonction publique financière et le privé est d’ailleurs la clé pour tout comprendre) s’est fait porter pâle. Il devra répondre devant un tribunal correctionnel pour « escroquerie en bande organisée ». Bon, revenons à Christine Lagarde qui a osé un magnifique « le risque de fraude m’a totalement échappé ». Y compris pour les 45 millions de préjudice moral pour les époux Tapie quand la mort d’un enfant, comme l’a rappelé avec force la présidente de la Cour, est souvent « estimée » à quelques dizaines de milliers d’euros ? Silence de C. Lagarde.

Bruno Le Roux. Le nouveau ministre de l’Intérieur parle « d’un coup dur porté à ETA » suite aux arrestations à Louhossoa (64). C’est à la fois ridicule et dangereux de s’exprimer ainsi. Le nouveau ministre semble ne rien connaître au processus de règlement du conflit. C’est bien évidement à l’État de favoriser, d’organiser et de contrôler le démantèlement de l’arsenal militaire de l’ETA. Les personnes arrêtées pour leur engagement citoyen, associatif ou syndical ne relèvent pas du parquet anti-terroriste. Par contre, Bruno Le  Roux relève lui du cours de rattrapage sur la manière d’être le plus utile en un minimum de temps. Il vient de prendre du retard.  « Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts » Isaac Newton.

Destruction d’Alep. « Le dernier hôpital d’Alep ». Cela ne m’a pas fait rire du tout de lire, sur Twitter, des commentaires goguenards sur la destruction du dernier hôpital d’Alep, « détruit  15 fois en six mois, un record absolu ». La vérité est qu’il y avait plusieurs hôpitaux et centre de soins à Alep-Est. Qu’il n’en reste rien. Qu’un nombre considérable de civils ne sont plus là pour nous le dire. Est il possible de les respecter tout en ne dissimulant rien de la complexité des choses, des enjeux stratégiques, des hypocrisies ? 

Faire en sorte que la prochaine surprise soit du côté de la gauche de transformation

Retrouvez ci-dessous mon entretien avec Nicolas Dutent, dans le cadre de la table ronde réalisée par l’Humanité autour du thème : « Après les renoncements de Hollande, où va la gauche ? »

La décision de François Hollande de ne pas se représenter à la prochaine élection résidentielle à l’issue d’un premier mandat est un fait inédit. Que nous dit-il du climat actuel ?

Pour la première fois, un président sortant en capacité de se représenter, et qui souhaitait y aller, est empêché. C’est la marque de l’échec du quinquennat. Nous l’avions exprimé en début d’année lors des « Lundis de gauche ». F. Hollande, Valls et les soutiens à leur politique connaissent et connaîtront les pires difficultés pour se tirer d’affaire. La colère est partout après 5 années désastreuses et détestables. L’exaspération des peuples prend les allures d’un grand chamboule-tout. Les scénarios préétablis sont rejetés. Le climat est à une vraie confrontation sur une question : comment voulons-nous faire société ensemble ? La période est imprévisible. Pour du pire ou du mieux. Les dés sont de nouveau jetés. Qui décide de ce qui est possible ? Celles et ceux qui choisissent de s’en mêler. Le climat n’est pas fait que de périls et de menaces, il est aussi une espérance en quelque chose d’autre. Notre pays est politisé, il y a de l’effervescence avec une trop grande faiblesse de la construction politique, à laquelle l’élection présidentielle ne peut répondre à elle seule.

Les candidatures se bousculent à gauche tandis que droite et extrême droite présentent respectivement un candidat unique. Face à cette période vécue à la fois comme incertaine, inquiétante et clivée… quelle stratégie et quelles propositions urgentes vous semblent devoir s’imposer ?

La primaire à droite a réglé la question du leadership et du projet. Avec Fillon et un programme mêlant Thatcher et la « Manif pour tous », jamais un candidat de droite n’est allé à l’élection avec une telle certitude de l’emporter pour imposer une régression conservatrice et réactionnaire inédite. Face à cela, Marine Le Pen veut apparaître comme un rempart. Elle parle de l’Etat, des services publics, des fonctionnaires, de la Sécurité Sociale…pendant que Macron titre son livre « Révolution ». Les mots sont usurpés mais les intentions sont claires. Ce jeu à trois peut hélas s’imposer. Comme après l’élection de Trump, la finance et les marchés n’ont rien à craindre. Attention, le danger n’est pas celui d’une alternance banale, « pépère », mais bel et bien d’un basculement dans quelque chose de terrifiant. Le piège se refermerait alors pour un long bail. A gauche, il y a trop de légèreté et d’irresponsabilité face à cela. C’est pourquoi les communistes ont décidé majoritairement de ne pas ajouter une candidature supplémentaire. On appelle à voter Jean-Luc Mélenchon avec l’ambition d’une parole communiste forte pour élargir le rassemblement. Il faut reconstruire des repères significatifs de gauche et le faire vite. Un exemple ? Oui, la France peut accueillir les migrants.

La thèse des deux gauches irréconciliables est relancée à l’orée de ce scrutin. On parle d’un divorce qui ne date pas d’hier. Sur quoi est-il fondé ? Est-il par ailleurs, irrévocable ?

De qui parle-t-on ? Des soutiens à la politique actuelle ? En effet, nous ne regardons pas dans cette direction. Ils sont disqualifiés. La fracture est connue : la gauche, ce n’est pas l’austérité. Il y a d’un côté l’immense masse des dominés et en face les représentants d’un système dont on ne veut plus. Par contre, les électeurs de François Hollande du premier tour en 2012, les écolos, les forces du Front de gauche, toutes celles et tous ceux qui étaient coude à coude dans les manifs contre la loi El Khomri, les bataillons d’abstentionnistes, ne sont pas irréconciliables puisqu’ils éprouvent la même chose. L’ampleur des convergences est un atout pour l’avenir. Quel que soit le moment où ils se sont rendus compte que la politique actuelle n’apporterait rien de bon, il faut discuter. C’est pourquoi le rassemblement le plus large, à dimension majoritaire, des forces sociales et politiques, des mouvements, des organisations, des femmes et des hommes, est notre seule et unique boussole. Si on croit que l’on n’a pas besoin des autres, que les autres sont des freins ou des obstacles, cela ne sera pas à la hauteur des enjeux. C’est pourquoi le PCF est en campagne, à la présidentielle et aux législatives, pour additionner et ne jamais soustraire, pour faire progresser le rassemblement partout. Pour faire en sorte que la prochaine surprise soit du côté de la gauche de transformation

« le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel »

Aujourd’hui, dans sa déclaration de politique générale, Bernard Cazeneuve a conclu en faisant écho au magnifique discours à la jeunesse de Jaurès. Mais en oubliant l’essentiel : le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire.

La vérité de ce quinquennat est un renoncement aux valeurs et aux combats de gauche, c’est la chronique d’un échec dont le symbole restera l’empêchement de F. Hollande a se représenter.

Le nouveau premier Ministre ne voulait pas juste « éteindre la lumière ». Ce discours participe pourtant bel et bien à une fin de mandat crépusculaire, sans résultat et sans imaginaire.

Comme Jaurès, nous « avons une confiance inébranlable en l’avenir » car les femmes et les hommes de gauche et de progrès peuvent et doivent réagir face aux dangers d’une victoire de la droite et du FN.

B.Cazeneuve devrait relire Jaurès : « le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ». Aujourd’hui, le nouveau premier ministre n’a fait ni l’un, ni l’autre.