« le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel »

Aujourd’hui, dans sa déclaration de politique générale, Bernard Cazeneuve a conclu en faisant écho au magnifique discours à la jeunesse de Jaurès. Mais en oubliant l’essentiel : le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire.

La vérité de ce quinquennat est un renoncement aux valeurs et aux combats de gauche, c’est la chronique d’un échec dont le symbole restera l’empêchement de F. Hollande a se représenter.

Le nouveau premier Ministre ne voulait pas juste « éteindre la lumière ». Ce discours participe pourtant bel et bien à une fin de mandat crépusculaire, sans résultat et sans imaginaire.

Comme Jaurès, nous « avons une confiance inébranlable en l’avenir » car les femmes et les hommes de gauche et de progrès peuvent et doivent réagir face aux dangers d’une victoire de la droite et du FN.

B.Cazeneuve devrait relire Jaurès : « le courage c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ». Aujourd’hui, le nouveau premier ministre n’a fait ni l’un, ni l’autre.

Luxleaks : Le PCF demande l’annulation de la condamnation des lanceurs d’alerte.

A l’occasion du procès en appel des lanceurs d’alerte Antoine Deltour et Raphaël Halet et du journaliste Edouard Perrin dans l’affaire dite #luxleaks et qui s’ouvre aujourd’hui au Luxembourg, le PCF rappelle sa solidarité avec les citoyens qui s’élèvent contre l’injustice fiscale.

Antoine Deltour et Raphael Halet ont été condamnés en première instance à 12 et 9 mois de prison avec sursis, et respectivement 1500 et 1000€ d’amende, tandis qu’Edouard Perrin a été « acquitté ». Leur action a pourtant permis d’élever au rang de débat la question des rescrits fiscaux, déloyale concurrence entre les pays européens, dont le nombre a dangereusement augmenté depuis 2014.

Il y a urgence à obliger les multinationales à faire acte de reporting public, pays par pays, au sein et à l’extérieur de l’Union européenne. Allons vers une COP 21 sur la fiscalité permettant des objectifs ambitieux en terme de lutte contre la fraude et l’évasion fiscale.

Le PCF demande par ailleurs l’annulation de cette condamnation inique et réaffirme sa solidarité avec les trois citoyens.

Ils ont osé le dire cette semaine !

Valls, en présentant son projet de « revenu minimum décent », d’un montant de 850 euros, pour « donner le sentiment que tout le monde va avoir un revenu, de Madame Bettencourt à celui qui est au chômage ». Tous ensemble, tous ensemble !!!! Cette semaine, le gouvernement devrait confirmer qu’il n’y aura pas de coup de pouce au Smic. Sous le quinquennat Hollande, il n’y aura donc rien eu au delà de la formule légale.

Jean de Boishue, ancien secrétaire d’Etat à l’enseignant supérieur en 1995, condamné pour complicité de diffamation raciale, est un ami et un « conseiller de l’ombre » ( Le Figaro, 10/12) de François Fillon. Il revient en pleine forme, présentant la droite de Fillon comme une « droite nouvelle », « qui a été bousculée par les gaullistes, secouée par le chiraquisme, pillée par le centrisme ». Quelle épreuve. Cette droite, nous dit De Boishue, Fillon est « allé la chercher à la cave et il l’a mise au balcon ». On avait compris …

Jean Veil, avocat de Jérôme Cahuzac, condamné à 3 ans de prison ferme pour fraude fiscale et blanchiment d’argent, a eu une idée généreuse. Après avoir fait appel, Cahuzac est sorti libre, le jugement n’étant pas assorti d’un mandat de dépôt. Pour Jean Veil, la prison « sanctionne le contribuable ». Allez, on s’accroche aux branches, voici l’argumentaire :  » le contribuable est sanctionné lui aussi parce que c’est lui qui paie les gardiens de prison, l’ensemble des frais de l’embastillement ».

Autres grosses arnaques de la semaine : Macron, « candidat du travail »; Marine Le Pen, « opposée » à sa nièce, voulant laisser croire à un FN représentant du droit des femmes à l’IVG. Pour rappel, les commandos anti-IVG sont constitués d’un ramassis de militants d’extrême-droite, membres du FN.

Rassembler le plus large sur une seule et unique question : l’avenir de la France .

Ce soir, en annonçant qu’il ne se présenterait pas à la prochaine élection présidentielle, F.Hollande a en fait reconnu l’échec de son quinquennat. Le seul regret qu’il exprime concerne la déchéance de nationalité. La vérité est qu’il ne pouvait pas assumer une nouvelle candidature avec un paysage aussi apocalyptique pour lui et ses derniers soutiens.

Quels enseignements tirer de ce nouveau coup de tonnerre. J’en vois un premier. Essentiel pour la suite. On ne peut pas impunément renoncer aux valeurs de gauche et trahir des engagements de campagne au nom du changement, après 10 ans avec la droite au pouvoir, sans en payer le prix.

Il n’y avait pas le moindre « trou de souris » pour Hollande et le maître du temps élyséen a vu, inexorablement, l’heure de sa chute arriver. Les trois coups ont sonné ce soir tout juste après 20 heures. Et il en sera de même pour Manuel Valls.

Il s’agit aujourd’hui de regarder de l’avant. Nous n’avons pas le temps de refaire la chronique douloureuse de ce quinquennat, de cet immense gâchis.

Nous avons l’énergie et l’audace d’opposer à Fillon et à l’extrême-droite une alternative de gauche et de progrès . Avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon et des communistes qui travailleront au rassemblement le plus large sur une seule et unique question : l’avenir de la France .

De quoi avons-nous besoin ?

Intervention prononcée lors du « Carrefour citoyen des gauches et de l’écologie »

Merci à Martine Aubry pour cette invitation et aux organisateurs de ce « Carrefour citoyen des gauches et de l’écologie ». Nous avons besoin d’échanges, de débats pour de vrai, allant au fond des choses, en nous disant directement les uns et les autres, où nous en sommes, ce que nous envisageons pour l’avenir de notre pays et des combats progressistes, les enseignements que nous tirons du quinquennat qui s’achève, ce dont nous ne voulons plus, les ruptures que nous proposons avec ce qui a échoué, les alternatives à l’austérité sur lesquelles nous pouvons converger pour un rassemblement, une nouvelle majorité politique de gauche. Les gauches et l’écologie politique ne sont pas irréconciliables si elles se fixent l’objectif d’en finir avec des politiques désastreuses pour l’homme et la planète. A l’heure où la droite et l’extrême droite ne s’interrogent ni sur leur existence, ni sur leur ambition, il y a urgence a dire de quoi la gauche est le nom, ce qu’elle peut faire espérer en prenant l’engagement de s’y tenir. Pour de bon.

Le PCF participe à tous les espaces qui proposent ce débat. Nous étions, il y a quinze jours, à la journée de travail à l’initiative de l’Appel des 100, puis à celle animée par Convergences des services publics. Le 10 décembre, à la Bellevilloise, nous allons réunir des personnalités politiques de gauche, des syndicalistes, des responsables associatifs, des universitaires et des acteurs culturels, pour discuter d’un pacte commun de mesures emblématiques, crédibles et rassembleuses, qui pourraient être les marqueurs largement partagés d’une politique de gauche anti-austérité, mesures qui pourraient constituer un programme des 100 jours avec des axes de transformations à moyen et plus long termes.

Les communistes ont décidé d’une démarche de rassemblement. Un nouveau dialogue doit et peut se nouer à gauche pour qu’un rassemblement majoritaire porte un projet répondant aux exigences populaires. La grande consultation populaire, animée par les militantes et militants communistes, a fait la démonstration que des valeurs de gauche sont toujours bel et bien présentes. Pour celles et ceux qui en doutaient, le dégoût provoqué par le projet de déchéance de nationalité, puis la formidable mobilisation populaire et citoyenne des salariés et de la jeunesse contre la loi El Khomri, en ont fait la démonstration. A battre le pavé ou les claviers d’ordinateurs, nous cœurs et nos valeurs ont exprimé l’essentiel. Un 49.3, détestable, n’y changera rien. Quel débouché politique ? Discutons de cette question.

Les adhérents du PCF vont faire un choix pour la candidature à l’élection présidentielle tout en continuant à travailler à créer les conditions, malgré les obstacles et les difficultés, à une candidature commune pour ne pas livrer l’avenir de la France à une droite extrémisée et un Fn si dangereusement installé.

Comme l’indiquait Pierre Laurent lors de la dernière Fête de l’Humanité, il y a aujourd’hui trop de légèreté et trop d’irresponsabilité face à la gravité de la situation politique. Le danger est celui d’une triple victoire, politique, idéologique et électorale, des forces de droite et de l’extrême droite au printemps prochain.

Il faut du discernement pour bien comprendre ce qui nourrit un tel paysage et une recomposition politique qui, si nous n’agissons pas avec force et clarté, peut se traduire non pas par une alternance banale mais par quelque chose de totalement inédit. Avec une droite qui arriverait aux affaires porteur d’un projet qui n’est jamais allé aussi loin et un FN, aux portes du pouvoir, qui pourrait incarner une « opposition sociale ». Terra Nova s’était bien planté en théorisant en 2011 qu’il était possible d’abandonner les classes populaires pour un nouveau socle majoritaire. Voilà le résultat…il est effrayant.

De Trump à Fillon, en passant par le Brexit, l’imprévisible peut être aussi interprété comme un retour de l’Histoire. Désormais, rien n’est impossible…

Ce qui est certain, c’est que la mondialisation capitaliste provoque un tel niveau d’inégalités, de souffrances et de frustrations, que les colères populaires cherchent, de manière la plus tonitruante, à se faire entendre. Les peuples poussent un cri. Les démagogues et les nationalistes ont bien compris combien, sans rien toucher au système, et notamment aux intérêts de la Finance et des marchés, il pourraient surfer sur cette désespérance en bloquant toute issue positive et progressiste.

Je suis un enfant du service public, ce dont j’ai pu bénéficier, je le dois à des politiques publiques portées par des majorités de gauche, à l’échelle locale et nationale. Elu sur fond d’anti-sarkozysme, le quinquennat de F.Hollande aurait pu renouer avec l’idée de progrès social et démocratique. Le traité budgétaire européen n’a pas été renégocié. Avec le pacte de responsabilité et le CICE, le patronat, pour reprendre une formule de Pierre Gattaz, à vécu un rêve éveillé – jamais un gouvernement ne lui avait fait un tel cadeau un 31 décembre… Ce compromis historique, selon les termes cette fois de François Hollande, s’est soldé par un bras d’honneur en termes de créations d’emplois et d’investissements. La cupidité et l’avidité n’ont plus de limites. La politique menée depuis 2012 a été la chronique ininterrompue de renoncements et aussi de trahisons. Cela n’a pas été flou du tout…et il y a eu trop de loups pour déchiqueter ce que nous pouvions attendre d’une politique de gauche après 10 ans de droite.

Que les choses soient claires, je ne crois en aucun cas que le réquisitoire implacable de ce quinquennat puisse, à lui seul, ouvrir une démarche de rassemblement à la hauteur des enjeux. Comme je ne crois pas à l’idée que prendre la tête des colères populaires sans les diriger vers une alternative positive, en affirmant que le sujet n’est pas l’identité mais l’égalité, peut répondre à la situation.

De quoi avons-nous besoin ?

D’ESPOIR, ce mot qu’il nous faut vite réapprendre pour faire reculer les peurs, les dangers, les résignations et les fausses fatalités. Aujourd’hui le pays craque de partout. Regardez la situation dans la fonction publique hospitalière, pour la jeunesse dans les quartiers populaires, pour les salariés qui ont peur du déclassement, de ne plus pouvoir y arriver, pour celles et ceux qui ont a choisir entre faire le plein du frigo ou faire le plein d’essence. Cette année, 200 millions de bons alimentaires ont été distribués en France…200 millions…ca suffit !!!!

Ni Hollande, ni Valls ne peuvent incarner une réponse de gauche à ce désastre. Macron…Martine, tu as pu par le passé parler de ta grand-mère en  Soule, moi, mon grand-oncle dans le sud-Gironde me disait que quand un mec dit qu’il n’est ni de gauche ni de droite, c’est qu’il n’est ni de gauche, ni de gauche….C’était un belle idée en début d’année de dire, d’abord le programme, après la candidature. Le présidentialisme, renforcé par l’inversion du calendrier électoral, est l’un des verrous à un changement progressiste. Face à l’offensive des forces de droite et de l’extrême-droite, qui ne tarderont pas à se donner la main sur certaines questions, il nous faut une contre-offensive d’ampleur et dans la durée pour créer un rapport de force plus favorable aux idées de progrès, de justice sociale, de solidarités. Tout ce qui pourra être fait jusqu’à l’élection présidentielle et les élections législatives va compter. Je ne crois pas à l’idée qu’un raz de marée électoral de la droite et du FN pourrait créer des conditions plus favorables à la refondation de la gauche…

Alors allons-y, allons-y vraiment, ayons le débat de contenus pour une vraie politique de progrès social, environnementale et démocratique en France et en Europe. Ce débat, des responsables politiques socialistes critiques vis-à-vis du quinquennat Hollande/Valls, l’ont trop repoussé », trop contourné, en imaginant que le simple casting d’une primaire pouvait répondre aux exigences pour une alternative de gauche. Vous y êtes prêts ? Oui ou non ? Ne jugez-vous pas que la course contre la honte, un second tour droite/fn, qui ne serait plus un accident comme en 2002 mais le terminus de ce quinquennat, exige aujourd’hui un sursaut, une régénérescence, une refondation de l’idée de gauche et de progrès. Allez-vous avoir ce courage là même si cela doit secouer fort ?

Pour ce qui concerne le PCF, nous mettons sur la table nos propositions, issues du dernier Congrès de juin, rassemblées dans un document intitulé « le Temps du commun ». Nos groupes parlementaires, à l’Assemblée nationale et au Sénat, n’ont cessé, tout au long de la mandature, d’avancer des contre-propositions, de construire des convergences de contenus, avec les autres sensibilités de gauche, cela fut notamment le cas lors du débat sur la Loi El Khomri, que Fillon veut aujourd’hui conserver pour aller encore plus loin dans le dynamitage du code du travail.

Débattons des moyens financiers, démocratiques et européens, pour une société du partage, une sécurité d’emploi ou de formation, une société du bien vivre et du bien commun. Révolutionnons la République pour une France de Liberté, d’Egalité et de Fraternité. Contre l’Europe du capital, allons vers un projet solidaire pour une union de nations et de peuples libres, souverains et associés. Avec une France engagée pour la paix et le progrès.

Pour changer de politique, pour redonner du pouvoir au peuple, la France ne doit pas seulement changer de Président, elle doit changer de majorité. Arrêtons le gâchis, il n’est pas trop tard. Ayons confiance dans la capacité de notre peuple à dire que la France est belle et capable du meilleur. Des millions de gens ne veulent pas du scénario qui est présenté aujourd’hui comme le seul et unique atterrissage pour 2017 : un second tour droite/FN. Il en va de notre responsabilité. Je crois que l’exigence du peuple de gauche au rassemblement, à l’unité va se faire entendre. Elle peut être, après Fillon, la prochaine surprise. Mais attention, si cette exigence ne se traduit pas par une rupture claire avec la politique actuelle, alors nous basculerons dans des temps très douloureux et dangereux pour notre société.

C’est pourquoi Pierre Laurent et le PCF ne renonceront jamais, je dis bien jamais, à lancer un appel au rassemblement à toutes les femmes et les hommes de gauche de ce pays, à toutes les forces disponibles, pour converger et remettre la France sur les rails du progrès. Ca urge….

Après Fillon, la prochaine surprise à la gauche d’alternative ?

Tribune libre publiée ce matin sur Libération.

A cinq mois du premier tour de l’élection présidentielle, il y a urgence à prendre la mesure des dangers, non pas pour s’y résigner, mais pour les affronter vraiment en rassemblant les forces de progrès sur des objectifs communs. 

Alors que tous les éléments sont en place, il est plus que temps d’en finir avec une considérable sous-estimation de la gravité de la situation politique qui peut se traduire, au printemps prochain, par un raz-de-marée politique, idéologique et électoral de la droite et de l’extrême droite. Face à cela, il y a décidément trop de légèreté et d’irresponsabilité, pas assez de rassemblement, pour trop peu d’espoir. A moins de penser qu’il peut y avoir quelque chose de bon à tirer de ce désastre programmé, ce que je ne crois pas, l’heure est au discernement. C’est d’ailleurs assez simple, les réalités apparaissent distinctement sous nos yeux. Il suffit de ne pas regarder ailleurs.

Le retour de la droite au pouvoir ne serait pas en 2017 une simple alternance, un mouvement de balancier comme on a pu le connaître au cours des trente dernières années. Jamais la droite n’a avancé de telles propositions, notamment avec le programme de François Fillon, thatchérien économiquement et réac sur le plan sociétal. C’est inédit. Cela peut se traduire par un basculement dans un choix de société qui n’a jamais été celui de la France. Contrairement à la gauche, la droite ne s’interroge ni sur son existence, ni sur son ambition. Avec l’organisation, réussie, de sa primaire, elle aura pu annoncer la violence de son projet et choisir son candidat.

Quant à l’extrême droite, là aussi, l’heure n’est plus aux formules et aux représentations du passé. Le FN n’est plus «en embuscade» mais aux portes de l’Elysée. L’élection de Trump le démontre : rien n’est désormais impossible. Alors que le FN va tenter d’incarner une réponse «sociale» à une droite extrémisée, et qu’il arrive, élection après élection, à élargir son socle électoral en additionnant des électrices et des électeurs qui lui restent fidèles, combien sont celles et ceux qui se disent, «après les Etats-Unis, pourquoi pas ici…. ».

Rassemblement aux législatives

 

Le deuxième danger consiste justement à ne pas tirer, après le Brexit, tous les enseignements de l’actualité américaine. Les colères et les exaspérations populaires cherchent, à chaque fois, à d’abord se faire entendre. Le peuple utilise le bulletin de vote pour hurler son rejet de la mondialisation capitaliste et pour se rappeler aux bons souvenirs de celles et ceux qui les méprisent. Alors, ces colères choisissent la manière la plus tonitruante, la plus marquante pour bien dire au «système» : nous sommes toujours là ! J’ai lu beaucoup de choses sur l’élection de Trump mais ce que je garde le plus fortement à l’esprit est ceci : «je n’aime pas Trump, ni ce qu’il est, ni ce qu’il propose, mais je vote pour lui pour exprimer ma colère…. ». Va-t-on enfin prendre la mesure de cette réalité ? Tout ce qui relève aujourd’hui des procès en «populisme» – sur ce brasier, les populistes et les démagogues sont légion, là n’est pas la question – n’est-il pas un frein pour aborder le cœur des questions. Pourquoi les peuples, qui rejettent massivement cette mondialisation et les dégâts qu’elles provoquent, le font aujourd’hui en prenant cette direction et pas une autre ? Pourquoi le rejet des inégalités est à ce point gangrené par la recherche de bouc émissaire et de replis identitaires ?

Les forces progressistes sont au pied du mur. Un troisième danger consisterait, dans un tel moment, à se fixer comme seul objectif d’être à la tête de ces colères populaires, d’en être le représentant le plus convaincant, sans proposer une alternative crédible, une issue positive, une vraie démarche de rassemblement pour gagner. Sur la désespérance, personne ne vendangera ces raisins de la colère plus que l’extrême droite et les plus libéraux à droite. Depuis le début de l’année, Pierre Laurent et la direction du PCF n’ont cessé d’alerter et d’encourager aux convergences sur des contenus. Allons-nous passer les cinq prochains mois, d’abord à multiplier les candidatures, puis à faire la chronique maladive et désenchantée de ce qui nous sépare les uns des autres. «Jean-Luc Mélenchon ne veut plus rassembler la gauche», «Arnaud Montebourg a accepté le pacte de responsabilité», «les frondeurs sont toujours au PS», «EELV a désigné son candidat», «Christiane Taubira ne s’engage pas…». En 2005, pour la magnifique campagne contre le TCE, nous regardions ensemble l’objectif qui nous rassemblait, sans se quereller sur les positions divergentes des uns et des autres par le passé. Ayons un débat clair, pluraliste et public sur la nature et le rythme des ruptures de gauche avec la politique actuelle en France et en Europe. En janvier dernier, nous disions d’abord le débat, après candidat. Nous avions raison, seul ce chemin permet de véritablement construire le rassemblement que nous voulons.

La solution face aux dangers consiste à ne jamais s’écarter d’un impératif, celui de rassembler les forces sur des objectifs de progrès, avec une candidature commune pour l’incarner à l’élection présidentielle, et un rassemblement ouvert à la diversité des sensibilités aux législatives. La situation politique n’est pas figée. Elle est imprévisible. Après Fillon, la prochaine surprise concernera-t-elle la gauche d’alternative à Hollande et à l’austérité ? Pour ne pas avoir Fillon. Ou Marine Le Pen. Cela serait une belle nouvelle, non pas pour nous-mêmes, mais pour l’avenir de la France et des valeurs de progrès.

Macron ou la candidature de l’enfant gâté du patronat, du quinquennat et des médias

En déclarant sa candidature à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron, cet enfant gâté du patronat, du quinquennat et des médias, aimerait incarner, contre le statut quo, un avenir de progrès. Mais Emmanuel Macron n’est pas un perdreau de l’année. Il a été, comme conseiller du candidat Hollande puis secrétaire général de l’Elysée et ministre de l’Économie, l’un des piliers des politiques désastreuses menées depuis le printemps 2012. Il n’a pas uniquement « vu de l’intérieur » le système. Il est un acteur de ce système et le restera pour, lors de la prochaine présidentielle, défendre les intérêts d’une classe, d’un camp et d’un clan.

Des premières trahisons du quinquennat à la loi El Khomri, du CICE à la loi qui porte son nom, Emmanuel Macron a déjà des états de services qui en disent long sur la nature de son projet politique. Il parle « d’émancipation des personnes et de la société » après avoir tant œuvré à la précarité généralisée. Il veut « protéger les plus faibles » après avoir contribué à l’explosion des inégalités et du chômage. Il parle d’enjeux écologistes et énergétiques après avoir sacrifié le service ferroviaire public pour des les « bus Macron ». Il parle des jeunes après leur avoir taillé un beau costard…

Macron, avec d’autres, prennent place dans le paysage présidentiel pour dévoyer les aspirations populaires au changement. Que les forces de gauche, de l’écologie, du progrès social et démocratique, alternatives à l’austérité, au libéralisme et au quinquennat Hollande, se rassemblent enfin sur l’essentiel. Qu’elles convergent vite pour reconstruire une espérance collective pour la France et la gauche

« Haro sur les droits des travailleurs »

Pour l’animation de cette campagne présentée sur le site internet du PS, JC Cambadélis pourrait solliciter Myriam El Khomri. Vraiment ! Elle est au top sur le sujet, avec une vraie expérience et un bilan qui n’est pas passé inaperçu dans le pays. Le premier ministre Valls est tout indiqué pour réfléchir à quelques éléments de langage…  » euh…bon..bien…la direction du PS et les droits des travailleurs ne sont peut-être pas….irréconciliables. »

Si, par ailleurs, le président Hollande peut dégager quelques heures dans son agenda pour recevoir des journalistes, en « off », pour commencer à faire le teasing du « haro ».

Pour 2017, l’alternative à gauche, pour éviter une victoire idéologique, politique et électorale de la droite et du FN, passera par le rassemblent des forces de gauche et écologiques, opposées à l’austérité, au quinquennat Hollande.

Pour ne pas avoir ici une réplique à la secousse américaine.

Conférence nationale du PCF – 5 novembre 2016

Voici le rapport que j’ai présenté lors de l’introduction des débats de la conférence nationale en tant que
responsable de la commission de suivi et d’animation du débat.

Le relevé de décisions adopté lors du Conseil national des 24 et 25 septembre a été discuté et débattu au cours des six dernières semaines. La commission de suivi et d’animation du débat préparatoire à notre conférence nationale avait pour mandat de collecter, en lien avec la Vie du Parti, et de synthétiser les avis afin de formuler une proposition de résolution à soumettre à notre conférence sur trois questions : le rassemblement que nous voulons et les nouvelles initiatives pour y contribuer, les élections législatives, notre choix de candidature pour l’élection présidentielle. Pour élaborer cette résolution, la commission a travaillé à partir des procès-verbaux des assemblées générales et des comptes-rendus de conseils départementaux.

La résolution a été travaillée mercredi en commission puis discutée en CEN et lors du Conseil national réuni vendredi. La commission se réunira de nouveau aujourd’hui, à la pause repas, à partir de nos premiers échanges et des propositions d’amendements qui peuvent être déposés auprès de Marc Brynhole.

Avant de présenter les grands axes de cette résolution, les principales questions politiques qui y sont traitées et les décisions soumises à notre conférence nationale puis au vote de nos adhérent-e-s, je veux ici aborder quatre réalités marquantes du débat des communistes.

1. D’abord le débat en lui-même, un débat de grande qualité, il faut bien en prendre la mesure, dans un climat d’écoute, dans la sincérité et la transparence, de respect des différentes opinions exprimées, avec un effort d’argumentation, d’instruction des questions politiques, notamment pour notre choix de candidature à l’élection présidentielle. La lecture des procès-verbaux donne à voir un collectif humain et militant engagé dans un travail d’analyse du réel pour prendre, dans le prolongement de nos choix de congrès, et avec une très forte volonté de rassemblement des communistes, les meilleures décisions pour 2017 et pour la suite. Personnellement, j’ai préféré lire ces comptes-rendus et suivre, avec les membres de la commission, cette élaboration collective, dont on peut être fier, que regarder ce qui peut parfois circuler sur les réseaux sociaux, caricaturant nos échanges par un agglomérat d’inexactitudes, d’étroitesses et de sectarisme.

2. Face aux dangers de l’évolution de la situation politique et à la complexité de la période, le débat des communiste permet d’identifier très clairement le commun sur l’essentiel et donc notre unité sur le cap politique de la prochaine période. Par delà les options différentes, ce commun sur notre stratégie de rassemblement a incontestablement progressé depuis notre dernier congrès. Pour quelles raisons ? Ce que nous avions dit lors du dernier congrès sur la crise politique se confirme. La situation est bien celle-là, avec le danger d’une victoire conjuguée au printemps prochain de la droite et de l’extrême droite. Avec une droite, en dynamique, ayant dans ses cartons un projet dangereux pour la France et notre société, et avec un Front national qui n’est plus en embuscade mais aux portes du pouvoir, et qui pourrait s’installer dans le futur comme la principale opposition à la politique de la droite qui provoquera une désespérance renforcée, notre pays va à l’abîme. Face au risque d’une banalisation de ce second tour droite/extrême droite, il y a chez les communistes un accord lucide et fort pour mettre en garde, éveiller les consciences, dire qu’il ne s’agirait pas d’une simple réédition de 2002, d’une alternance banale, mais d’un danger mortel.

3. L’autre dimension où le commun s’exprime dans nos débats, c’est donc notre choix stratégique, dans la durée, pour 2017 et après, pour le rassemblement de toutes les forces existantes qui ne veulent ni de la droite et du FN, ni de la politique menée sous le quinquennat Hollande. Le besoin de changement est très fort dans notre société, nous en avons eu la traduction avec la consultation citoyenne et les réponses aux questionnaire « Que demande le peuple ? ». Notre boussole en ces temps troublés et menaçants est de contribuer à la reconstruction de la gauche, avec un projet de gauche alternatif à l’austérité, une nouvelle majorité de gauche, pour une nouvelle politique de progrès social, démocratique et écologique. Ce qui était formulé comme l’option 1 dans le relevé de décisions du Conseil national des 24 et 25 septembre est apparu, au fil des débats et des discussions, non pas comme une « option » mais comme l’expression du fond de la démarche de notre parti, de son identité même. Jamais nous ne participerons à un scénario politique conduisant au pire, nous ferons tout pour l’empêcher, pour proposer un autre chemin. Dans une situation politique à la fois très évolutive et, par bien des aspects, imprévisible, nous saisirons toutes les occasions, toutes les possibilités qui le permettront.

4. J’en viens à une question difficile. Comment traduire cette stratégie de rassemblement, ne rien lâcher quant à notre détermination à franchir des étapes dans cette direction, tout en prenant une décision pour la présidentielle afin d’entrer en campagne et peser sur cette campagne ? Comment poursuivre notre démarche et prendre une décision en termes de candidature ? Cette question a été très largement débattue. Elle le sera aujourd’hui encore. Des camarades pensent que les deux options présentées à la fin de la résolution ne sont pas compatibles avec notre démarche de rassemblement ou, du moins entrent en contradiction avec celle-ci. Et ils demandent donc que l’option 1 du relevé de décisions de septembre soit réintroduite. Or, ce qui est aujourd’hui très majoritaire dans le Parti, c’est de ne plus attendre pour entrer en campagne et c’est donc de faire un choix, par un avis de notre Conférence qui aura à se prononcer puis par le vote des adhérent-e-s, tout en indiquant très clairement qu’à travers cette décision de candidature, pour l’option 1 comme pour l’option 2 de la présente résolution, nous poursuivrons notre démarche de rassemblement. Notre choix de candidature sera mis au service de nos efforts pour y parvenir. Conjuguer ces deux dimensions fait le plus large accord des communistes.

Venons-en à la proposition de la commission sur la manière de traduire le débat des communistes avec une résolution permettant la prise de décisions. La commission vous propose que nous en restions sur les grands équilibres du texte, sur le fond des questions politiques, sans allonger un texte qui fait déjà plus de 14000 signes et en évitant de nous disperser dans un travail fastidieux d’amélioration de la forme.

Dès la première page de la résolution, nous affirmons un double objectif : combattre la droite et l’extrême droite, porter au pouvoir une nouvelle majorité de gauche alternative à l’austérité. Notre conférence pourrait décider de l’édition, début janvier, d’une brochure avec un argumentaire sur le thème « Droite-FN, un piège mortel pour la France ». Pour une nouvelle politique de progrès social, démocratique et écologique, nous nous appuyons sur les enseignements tirés de la consultation citoyenne menée dans le pays par les communistes et du socle commun de préoccupations. Nous entrons donc en campagne en proposant de débattre d’un pacte d’engagements pour construire le socle d’une nouvelle majorité à l’Assemblée nationale qui soit formée par les forces de la gauche d’alternative.

En page 3, nous proposons 7 axes de campagne. Un document, intitulé « Un pacte d’engagements communs pour la France » est proposé, nous en resterons donc, si nous en sommes d’accord, dans la résolution à la simple énonciation des thèmes de chapitre.

Les débats des communistes ont abordé de manière inégale la question des élections législatives. La résolution rappelle le poids du présidentialisme et la nécessité de revaloriser le Parlement et les élections législatives. Forts du bilan du groupe des député-e-s communistes-Front de gauche, la résolution propose d’engager la campagne des législatives en posant une question : « de que-le député-e de gauche ai-je besoin dans ma circonscription ? ». Dans l’échange avec les forces disponibles pour construire avec nous une nouvelle majorité politique de gauche alternative à l’austérité, dans toutes les circonscriptions, nous ferons connaître nos propositions de candidatures choisies par les adhérent-e-s du PCF. La résolution propose de réunir un Conseil national le 14 janvier prochain pour valider les candidatures qui auront notre soutien aux législatives.

Concernant notre choix pour la candidature à l’élection présidentielle, question qui a été la plus débattue dans les assemblées générales, la résolution rappelle nos initiatives depuis le début de l’année pour une candidature commune, elle dit aussi les obstacles, passés et présents, auxquels nous sommes, avec d’autres, confrontés. Comme nous l’avions proposé lors du dernier Conseil national, nous avons rencontré les différents partenaires, cette semaine Ensemble !, République et socialisme et la France insoumise qui est, de fait, une nouvelle organisation politique. Ensemble !, avec qui nous partageons, tout comme avec République et socialisme, l’essentiel du constat sur la gravité de la situation politique et sa dangerosité, va décider de son choix pour l’élection présidentielle dans les prochains jours. La discussion avec la France insoumise, avec une délégation sans la présence de Jean-Luc Mélenchon n’a pas permis, à ce stade, de lever un désaccord sur la conception du rassemblement qui ne peut être, personne ne le défend au sein de notre propre organisation, un ralliement à la France insoumise. Nous rencontrerons une délégation des frondeurs socialistes en début de semaine, ainsi que la direction d’EELV, après le résultat de leur primaire. Jeudi soir, à l’initiative de Pierre Laurent, une réunion d’échanges et de travail, dans un format comparable à l’esprit des « Lundis de gauche », avec personnalités du monde associatif et syndical, a permis de mesurer l’inquiétude des uns et des autres face à cette situation de division et de désunion, tout en continuant à souhaiter un rassemblement. Seul un nouvel espoir pourra faire reculer le désarroi.

La résolution propose :

• de continuer d’agir jusqu’au dernier moment pour parvenir à une candidature commune et empêcher la victoire de la droite et de l’extrême droite. Nous participerons à toutes les initiatives qui porteront cet objectif, à commencer par celle organisée, le 12 novembre prochain, par l’Appel des cent ;

• que la conférence nationale mandate la direction nationale et le secrétaire national pour poursuivre ces efforts et organiser, en décembre, une rencontre nationale pour un pacte politique de majorité, où toutes les forces disponibles pour le faire continueraient à construire le front élargi nécessaire ;

• de s’engager sans attendre autour d’une candidature. Cet engagement n’est pas le terme de nos efforts de rassemblement. Notre choix de candidature sera mis au service de la poursuite de ces efforts.

Deux options sont en débat. La commission a voulu traduire pour chacune d’elles, le plus fidèlement possible, la manière dont elles ont été exprimées au cours de nos débats. Je sais que des camarades voudront, comme cela a été le cas lors de la dernière réunion de notre commission, revenir sur la formulation de ces deux options. Nous allons en discuter. Essayons, et c’est une proposition qui fait l’unanimité des membres de la commission, de ne pas perdre de vue un objectif : que pour chacune des deux options, sa rédaction permette aux camarades qui la choisissent de bien y reconnaître ce qu’ils veulent dire.

Pour l’unité des communistes sur le cœur de notre démarche de rassemblement et pour décider d’une option pour le choix de la candidature à la présidentielle, la commission propose un bulletin de vote qu’il nous faudra aussi discuter et valider.

Voilà, cher-e-s camarades, à grands traits, pour laisser le plus de temps possible à nos échanges, ce que, au nom de la commission d’animation et de suivi des débats, je souhaite présenter pour introduire nos travaux, en remerciant toutes celles et ceux qui ont participé à la restitution des débats du Parti, c’est ce qui a permis à la commission de travailler et d’élaborer ce projet de résolution qui est maintenant entre vos mains. Avec les membres de la commission, que je remercie pour leur implication, nous avons voulu, dans la transparence et la volonté d’avancer, permettre à la conférence de prendre ses décisions en s’appuyant sur ces six semaines de débats.

Je vous remercie.

« Des millions de personnes, à commencer par celles et ceux qui se sont mobilisés contre la loi El Khomri, n’accepteront pas la division, la désunion et donc l’impuissance. »

Entretien réalisé par Catherine Tricot pour le journal Regards.

À quelques jours de la conférence nationale du Parti communiste et alors qu’Arnaud Montebourg lui propose une alliance de premier tour pour l’élection présidentielle, entretien avec Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF.

Regards. Dans le JDD, Arnaud Montebourg vient de proposer au PCF une alliance au premier tour de la présidentielle dans le cas où il sortirait vainqueur de la primaire socialiste. Êtes-vous partants ?

Olivier Dartigolles. Nous n’allons pas attendre fin janvier et les résultats de la primaire du PS pour nous engager dans la campagne de l’élection présidentielle. Nous aurons pris position d’ici la fin de l’année. Samedi 5 novembre, le PCF réunira sa conférence nationale, puis nos adhérents voteront pour décider de nos choix en 2017. Nous réaffirmerons notre analyse d’un grave risque de second tour Droite-FN. La victoire de la droite au printemps prochain ne serait pas une alternance banale. Si elle est élue, la droite engagera une politique qui fera basculer notre pays et notre société dans quelque chose d’inédit et de très violent. Avec une extrême droite qui n’est plus « en embuscade », mais aux portes du pouvoir, et qui pourrait alors apparaître comme la seule vraie opposition, le prochain « recours » pour toutes celles et ceux qui seront les victimes de cette politique.

Cette perspective doit déterminer en priorité les choix politiques à effectuer à brève échéance ?

La question politique qui consiste à trouver une solution pour empêcher ce désastre est notre boussole. Nous n’en changerons pas. Comment ? Avec une candidature commune de gauche, en rupture avec le quinquennat Hollande, pour empêcher une victoire Droite-FN, avec un rassemblement à ambition majoritaire aux législatives. Nous avons tout fait en ce sens depuis un an : les lundis de la gauche, une grande consultation citoyenne avec le questionnaire « Que demande le peuple » rempli par 65.000 personnes, les invitations de Pierre Laurent lors de la Fête de l’Humanité et, la semaine dernière encore, aux candidats déclarés ou potentiels, une pétition.

Dans quelle mesure l’issue de la primaire socialiste sera-t-elle déterminante pour les options stratégiques de la gauche ?

Si Arnaud Montebourg gagne la primaire socialiste alors qu’elle a été conçue et verrouillée pour Hollande, ce sera un événement et un élément nouveau dans le paysage politique à gauche. Qui peut le contester ? Comment le peuple de gauche évoluera-t-il ? L’exigence de rassemblement va-t-elle grandir quand le danger mortel d’un second tour droite-extrême droite apparaîtra plus clairement ? C’est en tout cas ce que je crois. Des millions de personnes, à commencer par celles et ceux qui se sont mobilisés contre la loi El Khomri, n’accepteront pas la division, la désunion et donc l’impuissance. Ils nous diront à tous « Bougez-vous, parlez-vous, rassemblons-nous« .

Si vous choisissez d’ici la fin de l’année de soutenir Jean-Luc Mélenchon, en cas de victoire de Montebourg à la primaire, pourriez-vous changer d’alliance ?

Nous voulons maintenir l’idée que, si l’occasion se présente d’avoir un candidat commun, il faudra absolument la saisir. Jean-Luc Mélenchon pourrait être ce candidat de la gauche antilibérale. Pour cela, il faut un cadre commun. Nous l’avions avec le Front de gauche. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il n’est pas possible de proposer comme seul horizon un « ralliement à la France insoumise » car cela n’est pas une conception ouverte et positive du rassemblement. Elle est datée, or il faut faire du neuf, réfléchir à la manière dont la diversité peut converger pour à la fois faire face aux dangers et à la complexité. Pour construire un espoir, reconstruire une gauche sur ses valeurs et ses combats, on a besoin de se rassembler, pas de se rallier.

Au dire des enquêtes et des sondages, Jean-Luc Mélenchon représente cette gauche. Il pourrait être ce candidat unique du peuple de gauche que vous souhaitez… Pourquoi ne pas le soutenir franchement ?

Il est vrai que Jean-Luc Mélenchon a ce crédit dans l’opinion et qu’il constitue un repère. Nous avons fait une très belle campagne en 2012. Pour la première fois depuis plus de trente ans, la gauche d’alternative peut passer devant la gauche d’adaptation, l’hégémonie du PS peut être renversée. On est preneur ! Mais cela n’ôte pas la question posée par la probable présence d’une droite à 35% au second tour face au FN à 30%. Quelle majorité politique de gauche pour un changement de gauche ? Il ne faudrait pas perdre totalement de vue cet objectif politique. Il est central. Tout le reste est déterminé par cela.

Cela signifierait que la gauche est à 30%. Comment peut-elle prétendre gouverner et ne pas décevoir avec un tel soutien ? Les partis de gauche, PS et PCF, ne paient-ils pas leur décalage avec la société ?

Et d’autres ! Il est évident que la gauche politique tarde à mettre à jour son discours, ses idées, à construire un nouvel imaginaire. Mais je vois les choses en dynamique. Regardez l’irruption de la jeunesse communiste dans les mobilisations du printemps dernier ! Les bases d’un nouveau projet de gauche existent dans la société. Au terme de ce mandat calamiteux, les valeurs de gauche auraient pu être explosées. Ce n’est pas le cas. Les enquêtes, les luttes montrent qu’elles résistent mais qu’elles n’ont pas, pour l’heure, de débouché politique. À nous d’y travailler. Je revendique le droit d’y réfléchir, d’y travailler avec mes doutes et interrogations… Je ne supporte plus les arguments d’autorité. Le climat de bêtise, d’étroitesse et de sectarisme sur les réseaux sociaux. Plus que jamais, la compagnie des livres, de la pensée complexe, est indispensable.

Est-ce le temps d’une campagne ? À ce stade, il faut cristalliser une proposition politique, pas la commencer. Jean-Luc Mélenchon a mûri ses idées. Elles sont discutables mais cohérentes. Son détachement de l’univers partisan lui a facilité la vie : il dit ce qu’il pense et ce qu’il veut…

Cela fait partie du problème : il théorise sa totale liberté et refuse tout cadre collectif hors de celui qu’il a construit à sa main, la France insoumise. Par certaines de ses positions et sa manière de faire, Jean-Luc ne nous facilite pas la tâche. Il ne voudrait pas du soutien des communistes qu’il ne ferait pas autrement… Il heurte par sa détermination à conduire seul sa campagne, loin d’une VIe République déprésidentialisée. Il tient des propos qui, au prétexte de parler aux gens contaminés par les idées du FN, blessent beaucoup de gens à gauche.

Une partie des communistes est déjà engagée aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, une partie souhaite une candidature communiste, une autre est indécise… Ce n’est pas trop compliqué ?

Le commun chez les communistes est plus fort que ce que vous imaginez. Ils sont très attachés, par exemple, à notre unité, car ils mesurent bien qu’elle est un atout – pas pour nous-mêmes, mais pour l’avenir de la gauche et des combats progressistes. Pour le reste, il y a en effet du débat, très argumenté, instruit, pas sur le mode passionnel. Notre démarche de rassemblement fait l’objet aujourd’hui d’un très large consensus. Comment faire le meilleur choix en 2017 pour la faire vivre, nos adhérents le décideront dans les prochaines semaines. C’est la démocratie et c’est, au final, la solution à toutes nos préoccupations. On ne doit pas en avoir peur. Que cela soit pour, au sein d’une organisation, choisir une option après un débat, ou pour la désignation de celui qui peut nous représenter à l’élection présidentielle. La démocratie n’est jamais un risque.