Réaction au lynchage d’un homme de 32 ans au cœur d’un quartier populaire de Pau

Un homme de 32 ans vient de perdre la vie dans les pires conditions. Victime d’un lynchage, au cœur d’un quartier populaire à Pau. Les premières informations données par la presse – le parquet n’a pas réagi au moment où ces lignes sont écrites – nous apprennent qu’un groupe de jeunes – de très jeunes même – serait à l’origine des coups mortels.

La police et la justice doivent faire leur travail. Ils manquent aujourd’hui cruellement de moyens pour effectuer leur mission dans de bonnes conditions.

Dans de tels moments, où l’abomination côtoie l’incompréhension, l’exploitation politicienne est une facilité, une pente glissante, alors qu’il nous faut ne pas nous arrêter de penser pour apporter des réponse fortes et claires.

Certes, on peut, comme vient de le faire le Maire de Pau, réagir sur le mode sécuritaire (police se sécurité du quotidien, vidéosurveillance). On peut aussi se saisir de cette sidérante et abominable actualité pour cibler ceux qui ont émis des réserves sur la manière dont le gouvernement agit en la matière. On aurait aimé que F.Bayrou dise, pour nous tous, ce qu’il y a à exprimer dans de tels moments. Sans esprit de polémique et de division. On fera sans…

Nous aurons bientôt la police de sécurité du quotidien à Saragosse et à Ousse-des-Bois. Et de nouvelles caméras ? Et après…Nous avons besoin, en urgence, de réponses éducatives et sociales. Comme le préconise le rapport Borloo, c’est de la Republique toute entière dont il est question.

Besoin de sortir la haine des cœurs et des âmes. Refaire société tous ensemble. Les jeunes barbares d’aujourd’hui sont les créatures d’une société en panne d’imaginaire et de perspectives positives.

On pourra intervenir de manière sécuritaire et tout filmer…rien ne sera régler sans s’attaquer, résolument, aux racines du mal. Qui, sinon, prospèreront en faisant irruption dans nos vies et nos territoires.

Isabe Debout !

Très belle mobilisation en bas d’Isabe ce matin pour dire notre indignation suite à la pose de parpaings pour murer des fenêtres d’appartements vides. Les collectif citoyens s’est exprimé ainsi qu’André Duchateau et Severine Ghedjati. Suite à un échange avec Maître Jean-François Blanco, qui ne pouvait être pèsent ce matin, j’ai annoncé que nous allions procéder, dès lundi, à une mise en demeure pour faire cesser cette indignité . Des locataires vivent ici ! Assez d’humiliation. Si la municipalité et l’Office ne réagissent pas, nous déposerons une plainte.

La lutte continue. Nous avons réaffirmé notre détermination à aller jusqu’au bout. Avec Isabe Debout. Article à lire dans La République des Pyrénées.

Nos quartiers palois : Camors.

Vendredi 13/04. J’arrive à Camors avec une légère inquiétude. L’affichette annonçant cette visite, diffusée dans les halls des immeubles trois jours auparavant, fixait le rendez-vous à 10H30. Retenu à l’assemblée générale des cheminots, j’ai plus d’une heure de retard. Des habitants sont là… « Nous allions partir ! ». J’explique les raison de mon retard. L’ambiance est détendue.

Une dizaine d’habitants sont présents. Colette, la mémoire vivante du quartier, très engagée dans la vie association, m’accueille. Comme à chaque déplacement dans un quartier palois, j’explique la démarche : quels sont les besoins, les attentes. Qu’est-il possible d’améliorer dans le quartier. Puis, j’en informe le maire par courrier. A ce jour, je n’ai reçu aucune réponse à ces comptes-rendus. Qu’à cela ne tienne, les séances du conseil municipal, comme celle du 26 mars, permettent de dire les choses publiquement et précisément, comme cela fut le cas pour la situation au groupe scolaire Marancy ( voir le récent billet sur la visite quartier Berlioz).

Dès le début des échanges, une résidente me demande de la suivre sur la placette. Le mobilier en bois, des tables et des bancs, est en effet en piteux état. Elle hésite à intervenir de nouveau auprès de la mairie. « La dernière fois, ils sont venus mais pas pour réparer, ils ont tout simplement enlevé une table, sans la remplacer…ce n’est pas ce que nous demandons ». Collette me raconte l’histoire de ces équipements « dans le cadre d’une chantier jeune, il y a une dizaine d’années ». Elle poursuit : « ici, il y a 25 ans, on a organisait le premier cinéma en plein air…lors du repas de quartier, on rassemblait 17 nationalités différentes. C’était bien, chacun arrivait avec un plat différent. On a arrêté en 2016… » La question des arbres de l’autre côté de la résidence fait débat. « La lumière ne rentre plus dans les cuisines, il faudrait les élaguer ».

Puis nos échanges traitent de la politique municipale, de François Bayrou : « pourquoi ne vient-il pas nous voir ? Il attend les prochaines élections ? ». « C’est quoi cette histoire de la fille Borotra aux Halles ? » « Vous n’avez pas écrit un livre sur Macron ? ». Je confirme. « Il est possible d’en avoir un ? ». C’est possible. « Il vient de remercier les retraités pour l’augmentation de notre CSG. Il est gonflé ! Donne moi ta montre, je te donnerai l’heure ».

Camors, entre l’état lamentable de la placette et le merci présidentiel aux retraités. Un quartier populaire palois. J’indique que je repasserai dans quelque semaines : « avec une heure d’avance alors ! ».

Étape en Creuse. Des nouvelles des GM&S.

Hier soir, lors de la présentation en Creuse du livre « Macron, entreprise de démolition », j’ai fait étape à Saint-sulpice-le-Guérétois, avec, à mes cotés, Yan Augras, ouvrier chez GM&S, syndicaliste CGT et représentant du personnel.

J’évoque dès le début des échanges la manière dont Emmanuel Macron s’était adressé aux salariés de l’équipementier automobile creusois ( cet épisode est relaté page 19 du livre ) lors d’une visite à Egletons en Corrèze : « il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller voir s’ils peuvent avoir des postes ailleurs »…

Cinq mois après la reprise de l’usine, Yan Augras fait le point sur la situation. Ce qu’il nous dit est parfaitement clair et argumenté. Son propos va à l’essentiel et peut se résumer en deux points.

1. Les engagements pris par l’Etat, PSA et Renault ne sont pas respectés. D’abord sur ce qui avait été annoncé en terme d’activité avec un volume de commandes à hauteur de 22 millions d’euros. « On devrait être à 100 000 euros par jour de chiffre d’affaire, nous en sommes très loin. L’usine tourne au ralenti. Dans mon atelier, nous sommes 22. Hier, il y avait du travail pour 5. Les autres passent le balais, où repeignent les machines usines. L’atelier est nickel, ça c’est certain, mais cela ne donne pas le moral…L’Etat ne respecte pas ses engagements. On a craindre que les le repreneur dirigent les millions d’euros manquants vers l’étranger, au Maroc, en Slovénie. Il n’y a rien en terme d’investissements. L’investissement se fait au Mexique. »

Puis, le syndicaliste précise le cœur du problème : « bref, nous devenons une usine de frappe, qui dépend du constructeur, avec des boulots en fin de vie, avec peu de valeur ajoutée. Avant, et c’est ce que nous devons redevenir, nous étions une usine intégrée, on fabriquait la pièce automobile de A à Z. Le constructeur n’avait plus qu’à fixer notre pièce sur le moteur ». On ressent alors la légitime fierté de ce savoir faire industriel. Les mains d’or…Le processus est connu. L’usine a été rachetée 8 fois. A chaque redressement judiciaire, c’est le secteur recherche et développement qui a été réduit. Yan Augras complète : « et après, ils reviennent avec une grosse commande et nous disent, vous voyez, vous ne pouvait pas le faire… ».

Concernant les 154 personnes qui ont perdu leur emploi, là encore, les engagements du gouvernement, parlant « d’un soutien hors norme pour le reclassement » n’a pas été respecté. Aujourd’hui, ils touchent 95% du salaire, mais l’année prochaine, cela sera plus que 54 ou 56 % du salaire brut, on rentre dans la misère… les copains sont à la recherche d’un emploi. Pour le moment, on ne comptabilise que 5 CDI. Et il faut tout dire, un chef d’équipe a retrouvé un emploi mais avec une perte de 1200 euros sur son salaire. Voilà la réalité ! Des salaires en dessous de 1500 euros, cela ne devrait pas exister, on fait comment pour vivre ? »

2. Lors de cette soirée, le syndicaliste est venu avec un document dont il n’a pas révélé le contenu. « Trop tôt, on a beaucoup travaillé, tout sera prêt pour début mars, nous l’adresserons aux élus, aux parlementaires ». Il s’agit d’une proposition de loi concernant les responsabilités des donneurs d’ordres vis-à-vis des sous-traitants, des emplois et des territoires ». C’est une très bonne chose et cela est une magnifique illustration de la combativité des syndicalistes. Non pas, comme beaucoup le laissent entendre dans les médias dominants, pour uniquement des actions « défensives », pour conserver l’existant, mais pour de nouvelles conquêtes, des solutions pour l’avenir du développement industriel, la recherche et l’innovation, l’augmentation des salaires, la formation, la sécurisation des parcours professionnels, le développement des territoires ruraux avec des emplois, des écoles, des hôpitaux de proximité, des lignes ferroviaires.

J’écris ces lignes dans le train qui va de la Souterraine à Brive. A la gare, le temps d’aller chercher la presse dans le centre ville, l’agent de la SNCF m’a gentiment proposé de me garder mon bagage. Nous échangeons sur le rapport Spinetta. Une dame faisant le ménage sourit. Et je me dis : « il y en a certains, au lieu de vouloir gaver les premiers de cordée, ils feraient mieux d’aller voir à la Souterraine comment les choses se passent… ». Avant qu’il ne soit trop tard.

Au café, avant de prendre mon train, j’ai glané quelques paroles échangées par les habitués.

« On ne devrait pas écrire Liberté, Egalité, Fraternité au fronton des mairies, mais Obligation, Interdiction, Punition…on va sortir les fusils un jour… » Un autre : « Leclerc devait s’installer…il ne va pas le faire…je sais pourquoi…c’est toujours pareil… » Un autre – qui m’a fait sourire – : « Demain, j’ai un IRM à 11H30. C’est pas une heure ça 11H30…je vais avoir faim. C’est la bouffe qui m’inquiète…pas la photo qui sortira de la machine ». Un autre répondant : « de toute manière, avec tout qui augmente, on aura bientôt plus rien à bouffer ». Un autre « un blanc limonade ! ». Le patron : « Non, tu repasses ton permis de conduire. Tu dois y aller zen. Tu vas bien finir par le décrocher ce putain de permis…arrête de te casser la tête en te disant que tu ne vas pas y arriver ». Réponse : « c’est vrai que cela me fatigue la tête »…

Paroles d’habitants du quartier de l’Ousse-des-Bois.

Vendredi matin, accompagné de trois camarades de la section du PCF, je suis allé à la rencontre des habitants du quartier populaire de l’Ousse-des-Bois à Pau.

Suite à ces premiers échanges, nous avons décidé d’organiser une réunion publique, le samedi 3 mars à 17H. Ce quartier, qui est redevenu calme après des années plus difficiles, a été retenu par le ministre de l’intérieur parmi les 30 premiers quartiers qui disposeront d’une « police de sécurité du quotidien ». Lors de la présentation de ce dispositif, G.Collomb a parlé de quartiers pour une « reconquête républicaine ». On y retrouve Trappes, les Tarterêts à Corbeil_Essonnes, le Mirail à Toulouse, les quartiers Nord de Marseille. Deux quartiers de Pau ont été ciblés, Ousse-des-bois et le quartier Saragosse, ce qui est véritablement incompréhensible pour presque tout le monde ici, localement, à l’exception de F.Bayrou, ravi d’une telle décision. J’ai alors posé publiquement la question des critères qui ont prévalu pour établir cette première liste…Pas de réponse à ce jour.

Voici ce qu’en pensent les personnes rencontrées vendredi, des retraités, des jeunes, des commerçant, des gens croisés au cours de notre promenade dans le quartier. Je commence par une annecdote. Un ado me disant « quand on va à Pau ». Pourtant, nous sommes dans Pau. Je le fais remarquer à mon interlocuteur. Il répond par un sourire. Pour lui, « Pau », c’est le centre ville. « Ici, il n’y a rien pour nous… » Voilà la vraie question, non ? Il ne s’agit pas que d’un sentiment de « relégation spatiale » comme je peux parfois le lire mais d’une réalité, celle d’être « assigné à résidence ».

Voici ce qui a été exprimé vendredi matin. Je le retranscris tel quel. Paroles brutes. Paroles de vie, bien loin de la communication municipale, d’un lieu où les habitants rencontrés n’ont pas vu le maire depuis son élection, où les demandes sont très concrètes, avec, en tête des attentes, une question au dessus de toutes les autres : des emplois, une activité pour les jeunes du quartier.

« Il n’y a plus de salle de boxe – ils ont laissé les jeunes, les ont abandonnés – les jeunes n’ont pas de boulot. Et puis le stade n’est plus accessible. (ASOP et Foot) Il faut une salle pour les jeunes et une pour les plus vieux. Il n’y a plus rien ».

« La police annoncée par Bayrou : cela va être la « guerre », ça peut réveiller le mal, alors que le quartier est calme ».

« On m’a augmenté la CSG de 50 euros. C’est injuste, déjà que je n’ai pas beaucoup…Vous devriez organiser une réunion publique et ne pas venir simplement sur le parking ici. »

« Des jeunes restent dans l’entrée de notre immeuble, c’est souvent pénible. Cela fait 3 ans que nous demandons la réparation de la porte d’entrée à la Béarnaise Habitat mais ils ne se bougent pas. Les personnes âgées ont peur, des jeunes foutent le bordel, salissent. Il leur faut une salle pour se réunir au lieu de rester aux pieds des immeubles. Sinon ça crée des tensions. »

« C’est n’importe quoi pour la Police. Il n’y a plus de clubs pour les jeunes dans le quartier. Plus de MJC, quartier Saragosse, c’est bien ce qu’ils ont fait pour la MJC , ici c’est nul . Nous n’avons pas de salle pour nous réunir. »

« Il y a beaucoup de chômage, moi j’ai abandonné l’école, beaucoup de jeunes sont dehors dans le quartier car ils n’ont pas de boulot. On voit les élus pendant les élections et puis plus rien. C’est bien que vous veniez nous voir. Je le dirai aux copains pour venir à la réunion. »

« Pour la police ça va automatiquement entrainer des frictions. J’espère qu’ils ne seront pas méprisants, en nous contrôlant 10 fois par jour. Ça va… »

Un monsieur extérieur au quartier : « Je viens souvent ici, il n’y a pas de soucis, c’est calme. Au contraire j’aime y venir pour la solidarité qui est dans ce quartier, pour l’ambiance. »

Un commerçant : « Le commerce c’est pas ça, ce matin on arrive tout juste à faire 50 euros, alors que nous payons 1200 euros de loyers mensuels à la Béarnaise Habitat (2 locaux = 2 X 600 euros). Il y a un problème de pouvoir d’achat pour les habitants du quartier, avec en plus la hausse de la CSG pour les retraités. Les charges augmentent cela devient difficile L’insécurité ? Je laisse des affaires dehors et il n’y a jamais eu de vols, ou de dégradations. »

« Pour la police, ils passent plusieurs fois par jour dans le quartier. C’est bien mais il faut éviter les tensions. Quand ils passent trop souvent, en ciblant les mêmes jeunes, cela provoque des tensions. »

« Le vendredi, à 13 H, il y a 1000 croyants qui se rendent à la Mosquée pour la prière. Comme il n’y a pas d’aménagements autour de la Mosquée, de parkings suffisants, des automobilistes se garent sur les trottoirs. On ne peut pas faire autrement. La police municipale vient systématiquement et nous verbalise tous les vendredis durant le temps de prière. 35 euros pour stationnement gênants, c’est pas normal. »

Une personne me demande s’il y a un projet pour raser le centre commercial actuel et en construire un nouveau. Je lui indique que je sais pas. « Vous ne savez pas alors que vous êtes élu ? Allez voir là-bas , il y a des géomètres qui travaillent ». Je vais à leur rencontre. Les deux agents de la ville me disent qu’ils font des relevés mais sans avoir d’autres précisions. Existe-t-il un projet de construction d’un centre commercial à la place de l’ancienne école Marcel Pagnol ? Je poserai la question lors d’un prochain conseil municipal. Comme à chaque fois, il faut dépenser pas mal d’énergie pour avoir des informations. Pourquoi ne pas dire les choses et les discuter en toute transparence avec les principaux concernés : en l’occurence, les commerçants et les habitants.

Une maman : « Une autre police ? Ils feraient mieux de faire un parc pour les enfants à la place du lac. Ce lac est nul, ça pue, il y a de la vase, les barrières ne sont pas repeintes et il y a de la rouille à certains endroits, ça bouge. L’été, entre l’odeur de l’eau qui stagne, la vase et les moustiques c’est infernal. Nous avons peur à cause du risque de noyades pour les plus petits. »

« La rénovation a été bien au début, mais finalement, ça n’a pas résolu les problèmes de chômage des jeunes, alors qu’on leur a promis du boulot. Plus rien n’est entretenu, l’intérieur des appartements ne l’est pas non plus. »

« Le quartier ici est redevenu calme depuis quelques années, quand je pense que j’ai de la famille à la cité Monclar à Avignon, qui est un quartier plus que chaud , alors qu’ici c’est peinard , et là-bas, ils n’y mettent pas ce genre de police , c’est hallucinant. »

« Il n’y a plus rien, plus de piscine, plus de stade, plus de MJC, beaucoup de jeunes n’ont pas de boulot, les associations souffrent , la rénovation urbaine n’a pas apporté ce qu’il aurait fallu et ce qu’on nous a promis. Le seul point positif a été l’isolation thermique. »

« Chez moi, il y a des infiltrations d’eau, la Béarnaise Habitat s’en fiche, je suis habitante du quartier depuis très longtemps, la ville nous a promis du boulot pour les jeunes et ils n’ont rien fait du tout. »

« Bravo pour la lutte d’Isabe à Saragosse. Ici, on nous oublie un peu non ? »….