Boucheron et Le Corre.

Histoire mondiale de la France, sous la direction de patrick Boucheron (Seuil).

En septembre 2016, j’avais exprimé dans une tribune publiée sur Médiapart ma très grande réserve sur l’idée d’alimenter le débat public et politique après les propos de Nicolas Sarkozy sur « nos ancêtres nos gaulois ». J’y voyais d’abord une formidable opération de détournement. Quand on parle de l’identité, la question sociale est toujours la grande perdante. Cela posait d’autres questions sur le « roman national » au service des d’un seul objectif : celui qui consiste à diviser, à stigmatiser, puis à exclure.

Dans un tel climat idéologique, qui depuis les gauloiseries de sarkozy a pris d’autres habits, mais pas moins dangereux avec Fillon, la publication de « l’Histoire mondiale de la France » répond à une urgence. Et de la plus belle des manières. Dans son « ouverture » qu’il préfère a terme « d’introduction », Patrick Boucheron veut  » rendre compte de la vitesse d’un entrain collectif », « d’une conception pluraliste de l’histoire contre l’étrécissement identitaire qui domaine aujourd’hui le débat public ». Avec 122 auteurs et 146 dates référencées, l’ouvrage refuse de céder aux crispations réactionnaires l’objet  » Histoire de France » et « de leur concéder ce monopoles des narrations entraînantes ». Pour P.Boucheron,  » c’est l’histoire difficile de la société française confrontée aux défis de la mondialisation durant ces trente dernières années qui explique cette cristallisation croissante du débat public sur le thème de l’identité ».

Il y a une énergie joyeuse dans cette élaboration collective. Boucheron écrit  » osera-t-on avouer ce qui, le plus souvent, a guidé nos choix, ce fut le principe de plaisir ». Un plaisir donné en partage. C’est aussi une réponse aux casseurs d’avenir proposée par des historiens.

Roman noir. Prendre les loups pour des chiens, Hervé le Corre ( Ed. Rivages).

Je connais bien le décor du dernier roman d’Hervé le Corre. Franck, qui sort de la prison de Gradignan, se retrouve à la sortie de l’autoroute à Langon. La ville de ma jeunesse. Rive droite avec les coteaux et les vignes, les arbres fruitiers et les méandres de la Garonne, mon grand-oncle, Jean Lafourcade, résistant, déporté à Dachau, dont il est « revenu » – sans jamais en sortir vraiment -, pour planter des arbres et des idées. Il fut plus de 30 ans le maire et le conseiller général communiste de ce canton rouge et solidaire. Rive gauche et mon collège, le lycée Jean Moulin, l’école de musique, le club de basket.

A la lecture des premières pages, je me demande où file Franck. Je cherche les indices. Avec, à la page 21, un premier élément : « les pins, le sable noirâtre ». Cela me parle aussi, nous voilà en lisière des Landes girondines. Bingo, page 84,  » près de Saint Symphorien ».
Je pourrais parler ici de l’intrigue, de cette famille hautement toxique, de Jessica, de sa fille surtout. La force de Le Corre est d’abord de nous faire aimer les silences, les paysages, les lisières, les respirations au bord du précipice. L’océan aussi, la nuit, « la ligne d’écume », « cette étendue luisante et noire…cette colossale tranquillité ». J’ai souvent fait cette route avec les copains du lycée puis des années universitaires. Celle qui va du sud-Gironde au littoral atlantique. Sylvain au volant, Patrick et Vincent.

J’ai connu la canicule étouffante des pins. Page 148, Hervé Le Corre écrit :  » quand il est sorti, il a senti dans l’air une odeur de feu. Il a regardé s’il n’apercevait pas un nuage de fumée au-dessus des arbres mais le ciel était blanc et aveuglait comme un acier en fusion et il a pensé que le feu aurait pu tout aussi bien tomber du ciel comme dans les histoires de fin du monde ». Entre souvenirs d’enfance et réconciliation, haine et bienveillance, terres oubliées et vies brisées.

Attention, j’ai lu quelques critiques – très positives – qui parle d’un polar qui se déroule à « Bordeaux ». Non, pour vous en convaincre, quand vous êtes à Bordeaux, prenez la direction de Langon, puis de Bazas, ou encore de Captieux ou de Villandraut. Vous comprendrez. Je n’ai jamais vu de palombières place des Quinconces.

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