Bayrou / Janus et les Gilets jaunes : un impossible dialogue ?

Lundi soir, lors du conseil municipal de Pau, nous avons revécu la même scène qu’il y a un mois. Des gilets jaunes étaient présents dans le public. Tranquillement assis au fond de la salle. Leur objectif : pouvoir s’adresser directement aux élus présents. Alors que le maire de Pau débute le plus souvent un conseil municipal par une chronique qui permet d’évoquer l’actualité et d’engager un débat, il est passé directement à la première délibération. Après la présentation de la seconde délibération, consacrée au logement social, j’ai donc pris la parole pour dire combien l’urgence sociale était au cœur des revendications des Gilets jaunes tout en précisant que des représentants du mouvement étaient présents. Puis, j’ai questionné François Bayrou sur la manière dont notre ville allait s’inscrire dans la consultation nationale, en proposant l’organisation de 4 grands débats citoyens d’ici mars, des cahiers de doléances dans des lieux publics, la mise à disposition du site internet de la ville pour présenter cette démarche démocratique et appeler à des contributions citoyennes.

François Bayrou est un Janus à deux visages. Le premier visage est celui d’une prise en considération des enjeux sociaux et démocratiques. Ce week-end, sur BFM, il a ainsi déclaré : « ce débat va, si on le fait bien, changer l’avenir du pays…les questions posées sont toujours là et il importe qu’elles trouvent des réponses ». Lors de ce conseil municipal, il s’est donc engagé à ce que nous puissions, rapidement, sans toutefois fixer de date précise, discuter des modalités de l’organisation de ces quatre grands débats palois.

Puis, le second visage est apparu quand un Gilet jaune a voulu intervenir. Je ne comprends toujours pas pourquoi, sous le prétexte que le règlement intérieur du conseil municipal ne le permet pas, on n’autorise pas une prise de parole d’un gilet jaune. Comme cela n’a pas été possible, depuis le début de la mandature, pour les habitants d’Isabe, pour les parents d’élèves de l’école de l’hippodrome, pour les commerçants du centre-ville… Il ne s’agit pas, bien évidemment, d’engager un débat dans le cadre d’un conseil municipal qui est convoqué pour examiner les délibérations inscrites à l’ordre du jour, mais d’autoriser une prise de parole et donc, par ce geste, considérer ces femmes et ces hommes mobilisés pour la justice sociale et fiscale, pour la dignité.

Quel paradoxe : théoriser sur un plateau TV à Paris de nouvelles pratiques démocratiques et la bienveillance, et, à Pau, demander aux Gilets jaunes de quitter la salle du conseil municipal avec une police municipale mobilisée d’une manière disproportionnée. F.Bayrou n’a pas apprécié que je quitte mon siège pour aller échanger avec les Gilets jaunes présents. Je les connais. Nous avions déjà discuté lors du dernier conseil municipal dans des circonstances similaires. Je suis allé leur dire qu’ils pourraient très certainement intervenir mais à l’issue des travaux du conseil et que cela allait s’éterniser au regard du nombre de délibérations (ce qui a été le cas). C’est une question de respect. Les journées d’action demandent beaucoup d’engagement, d’énergie. Ces Gilets jaunes ont aussi leur vie de famille. Leur demander d’attendre plus de 4 heures n’est pas correct. Les jeunes pousses de la majorité municipale se sont alors activés sur les réseaux sociaux pour dénoncer ma « récupération ». François Bayrou a fait de même au micro. Médiocre. Oui mais voilà…le débat va se tenir. Rien ne peut, aujourd’hui, arrêter ce processus. En souhaitant que le maire de Pau puisse, en début d’année, choisir le bon visage.

Une autre observation : mais pourquoi, depuis l’installation du conseil municipal au printemps 2014, les conseillers de la majorité municipale, y compris certains adjoints, n’interviennent jamais lors des conseils municipaux et communautaires. Ils peuvent le faire quand ils présentent une délibération. Il en existe dont on a, à ce jour, jamais entendu le son de leur voix. A chaque fois, cela m’afflige. Je les observe. Nos regards se croisent. Plus de quatre ans que je fais cela. Certains s’en amusent, d’autres un peu moins. Ce n’est pas acceptable. On devrait pouvoir discuter avec eux, que chacun, tout en assumant, pour ce qui les concernent, une légitime solidarité aux choix de leur majorité, puisse apporter leur sensibilité personnelle au débat démocratique. Une réalité encore plus surprenante. Avant un conseil municipal, le groupe majoritaire ne se réunit pas. Rien. Ce traitement a provoqué bien des désillusions chez certains d’entre eux qui…me le disent tout en me demandant…de ne pas le dire. Si François Bayrou aime le débat, il peut commencer par le faire vivre au sein même de sa majorité municipale. Peut-il changer ? J’en doute.

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