Étape en Creuse. Des nouvelles des GM&S.

Hier soir, lors de la présentation en Creuse du livre « Macron, entreprise de démolition », j’ai fait étape à Saint-sulpice-le-Guérétois, avec, à mes cotés, Yan Augras, ouvrier chez GM&S, syndicaliste CGT et représentant du personnel.

J’évoque dès le début des échanges la manière dont Emmanuel Macron s’était adressé aux salariés de l’équipementier automobile creusois ( cet épisode est relaté page 19 du livre ) lors d’une visite à Egletons en Corrèze : « il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller voir s’ils peuvent avoir des postes ailleurs »…

Cinq mois après la reprise de l’usine, Yan Augras fait le point sur la situation. Ce qu’il nous dit est parfaitement clair et argumenté. Son propos va à l’essentiel et peut se résumer en deux points.

1. Les engagements pris par l’Etat, PSA et Renault ne sont pas respectés. D’abord sur ce qui avait été annoncé en terme d’activité avec un volume de commandes à hauteur de 22 millions d’euros. « On devrait être à 100 000 euros par jour de chiffre d’affaire, nous en sommes très loin. L’usine tourne au ralenti. Dans mon atelier, nous sommes 22. Hier, il y avait du travail pour 5. Les autres passent le balais, où repeignent les machines usines. L’atelier est nickel, ça c’est certain, mais cela ne donne pas le moral…L’Etat ne respecte pas ses engagements. On a craindre que les le repreneur dirigent les millions d’euros manquants vers l’étranger, au Maroc, en Slovénie. Il n’y a rien en terme d’investissements. L’investissement se fait au Mexique. »

Puis, le syndicaliste précise le cœur du problème : « bref, nous devenons une usine de frappe, qui dépend du constructeur, avec des boulots en fin de vie, avec peu de valeur ajoutée. Avant, et c’est ce que nous devons redevenir, nous étions une usine intégrée, on fabriquait la pièce automobile de A à Z. Le constructeur n’avait plus qu’à fixer notre pièce sur le moteur ». On ressent alors la légitime fierté de ce savoir faire industriel. Les mains d’or…Le processus est connu. L’usine a été rachetée 8 fois. A chaque redressement judiciaire, c’est le secteur recherche et développement qui a été réduit. Yan Augras complète : « et après, ils reviennent avec une grosse commande et nous disent, vous voyez, vous ne pouvait pas le faire… ».

Concernant les 154 personnes qui ont perdu leur emploi, là encore, les engagements du gouvernement, parlant « d’un soutien hors norme pour le reclassement » n’a pas été respecté. Aujourd’hui, ils touchent 95% du salaire, mais l’année prochaine, cela sera plus que 54 ou 56 % du salaire brut, on rentre dans la misère… les copains sont à la recherche d’un emploi. Pour le moment, on ne comptabilise que 5 CDI. Et il faut tout dire, un chef d’équipe a retrouvé un emploi mais avec une perte de 1200 euros sur son salaire. Voilà la réalité ! Des salaires en dessous de 1500 euros, cela ne devrait pas exister, on fait comment pour vivre ? »

2. Lors de cette soirée, le syndicaliste est venu avec un document dont il n’a pas révélé le contenu. « Trop tôt, on a beaucoup travaillé, tout sera prêt pour début mars, nous l’adresserons aux élus, aux parlementaires ». Il s’agit d’une proposition de loi concernant les responsabilités des donneurs d’ordres vis-à-vis des sous-traitants, des emplois et des territoires ». C’est une très bonne chose et cela est une magnifique illustration de la combativité des syndicalistes. Non pas, comme beaucoup le laissent entendre dans les médias dominants, pour uniquement des actions « défensives », pour conserver l’existant, mais pour de nouvelles conquêtes, des solutions pour l’avenir du développement industriel, la recherche et l’innovation, l’augmentation des salaires, la formation, la sécurisation des parcours professionnels, le développement des territoires ruraux avec des emplois, des écoles, des hôpitaux de proximité, des lignes ferroviaires.

J’écris ces lignes dans le train qui va de la Souterraine à Brive. A la gare, le temps d’aller chercher la presse dans le centre ville, l’agent de la SNCF m’a gentiment proposé de me garder mon bagage. Nous échangeons sur le rapport Spinetta. Une dame faisant le ménage sourit. Et je me dis : « il y en a certains, au lieu de vouloir gaver les premiers de cordée, ils feraient mieux d’aller voir à la Souterraine comment les choses se passent… ». Avant qu’il ne soit trop tard.

Au café, avant de prendre mon train, j’ai glané quelques paroles échangées par les habitués.

« On ne devrait pas écrire Liberté, Egalité, Fraternité au fronton des mairies, mais Obligation, Interdiction, Punition…on va sortir les fusils un jour… » Un autre : « Leclerc devait s’installer…il ne va pas le faire…je sais pourquoi…c’est toujours pareil… » Un autre – qui m’a fait sourire – : « Demain, j’ai un IRM à 11H30. C’est pas une heure ça 11H30…je vais avoir faim. C’est la bouffe qui m’inquiète…pas la photo qui sortira de la machine ». Un autre répondant : « de toute manière, avec tout qui augmente, on aura bientôt plus rien à bouffer ». Un autre « un blanc limonade ! ». Le patron : « Non, tu repasses ton permis de conduire. Tu dois y aller zen. Tu vas bien finir par le décrocher ce putain de permis…arrête de te casser la tête en te disant que tu ne vas pas y arriver ». Réponse : « c’est vrai que cela me fatigue la tête »…

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